
Une ville hospitalière n’est pas seulement une ville qui accueille quantitativement beaucoup de visiteur·euses. C’est une ville qui anticipe les besoins de ses hôtes temporaires, organise un accueil digne pour toutes et tous sans distinction d’origine, de genre et de classe, coordonne les différents acteurs/ actrices de l’hospitalité, préserve la qualité de vie de ses habitant⸱es permanent⸱es, respecte l’environnement et les ressources locales, prend soin des accueillant⸱es comme des accueilli⸱es et valorise la diversité comme une richesse collective plutôt que comme une menace.
Devenue « hospitality », c’est-à-dire commercialisation de la relation entre les hôtes, l’hospitalité doit être repensée en conformité avec les défis écologiques, la vitalité de l’économie locale, et dans le respect de la dignité, de la santé et du cadre de vie des marseillais·es comme de toutes les personnes de passage. Ce choix de société repose selon nous sur plusieurs principes fondamentaux.
L’hospitalité universelle (l’égale dignité)
Toute personne, quel que soit son motif de séjour et sa situation administrative, a le droit inconditionnel à un accueil digne. Cette exigence éthique suppose la mise en place de dispositifs spécifiques pour les personnes les plus vulnérables et la lutte active contre toutes les formes de discrimination. Elle nécessite également une diversification volontariste des dispositifs d’hébergement pour répondre à la variété des besoins et des préférences.
Le respect du vivant (l’enjeu écologique)
L’accueil ne doit jamais se faire au détriment de l’environnement. Nous privilégions résolument la soutenabilité environnementale qui impose que l’accueil temporaire ne compromette pas les équilibres environnementaux locaux. Cette exigence implique une gestion coordonnée de la diversité des flux pour éviter les effets de saturation, une préférence assumée pour les proximités géographiques et le réconfort, et une intégration harmonieuse dans le tissu urbain existant.
La réciprocité (prendre soin)
L’hospitalité enrichit mutuellement accueillant⸱es et accueilli⸱es, créant de la valeur sociale et économique partagée. Cette réciprocité peut être directe, par l’échange de services ou la rémunération équitable de l’accueil, ou indirecte, par l’enrichissement culturel mutuel et la création de liens durables. Elle suppose une relation équilibrée qui évite tant l’assistanat que l’exploitation. C’est cette réciprocité qui a fait progresser nos sociétés pour en arriver où nous en sommes aujourd’hui et qui, lorsqu’elle est rompue, conduit à des conflits. Elle suppose également la prise en compte des impacts à long terme sur le marché immobilier et la cohésion sociale.
L’ancrage local (partir de l’existant)
L’hospitalité s’appuie sur les ressources et initiatives locales plutôt que sur des dispositifs externes standardisés. Le principe de subsidiarité privilégie les solutions d’hospitalité qui valorisent les savoir-faire et les traditions d’accueil locales, favorisent la coproduction des politiques publiques et génèrent des retombées économiques directes pour le territoire. Elle suppose un accompagnement adapté et personnalisé des initiatives locales et une coordination efficace et solidaire de tous les acteurs locaux.
La coopération (pas sans nous)
La coopération des premier⸱es concerné⸱es, accueillant⸱es comme accueilli⸱es, aux prises de décisions qui les affectent est fondamentale, dans un souci de co-construction des politiques publiques, de solutions qui soient pragmatiques et soutenables et enfin comme exigence démocratique : avoir voix au chapitre sur ce qui nous concerne est un droit fondamental. Cette approche transforme les bénéficiaires passifs en acteurs de changement, garantissant des politiques plus justes et robustes.
L’hospitalité patrimoniale (la diversité culturelle)
En juillet 2025, la Ville de Marseille s’est engagée à mettre en œuvre une politique patrimoniale innovante fondée sur le droit au patrimoine culturel tel que défini par le Conseil de l’Europe dans la Convention de Faro. Cet engagement invite chaque personne, accueillante comme accueillie, à participer à révéler la diversité des personnes, des lieux et des récits qui racontent Marseille. Elle prend appui sur la richesse des initiatives marseillaises publiques et privées de mise en valeur des patrimoines et matrimoines marseillais dans le cadre de la Convention de Faro depuis 1995.