Tout ce que tu as toujours voulu savoir sur la taxe de séjour à Marseille – la Foire aux questions du Collectif Marseille HospitalitéS
À Marseille, la taxe de séjour a été multipliée par six en dix ans. Pourtant, peu de marseillais et marseillaises savent qui la paie réellement, à quoi elle sert et qui décide de son usage. Pour répondre à ces questions fréquentes, un FAQ a été produit par le collectif Marseille HospitalitéS pour y répondre simplement et poser une nouvelle question : et si cette taxe, collectée auprès de toutes les personnes de passage, servait enfin toutes les personnes de passage ?
Marseille n’est pas seulement une destination touristique. C’est une ville de transit, de soins, de formation, de création, d’accueil. Pour chaque touriste présent, un autre visiteur est là pour travailler, étudier, se soigner ou se protéger. Ces personnes paient la taxe de séjour comme les touristes mais n’en bénéficient pas. Le collectif Marseille HospitalitéS propose de corriger cette injustice en réaffectant 30 % de la part communale de la taxe à une politique d’hospitalité élargie. Ce n’est pas une utopie : c’est légal, faisable, écologique, juste et cela ne coûte rien de plus aux contribuables marseillais.

La taxe de séjour, c’est quoi ce machin?
C’est quoi cette taxe de séjour ?
C’est une taxe que paient toutes les personnes qui dorment dans un hôtel, un gîte, une location Airbnb ou une auberge de jeunesse. Ça existe depuis 1910 en France et aujourd’hui quatre communes sur cinq appliquent la taxe de séjour. C’est la Ville qui vote les taux chaque année, dans les limites fixées par la loi. Ce sont les hébergeurs et plateformes qui la récupèrent auprès de leurs clients et la reversent à la collectivité. Simple.
C’est la Ville qui s’en occupe ?
Depuis peu, OUI. Bien que Marseille est un syndicat d’initiative dès 1902 et un office du tourisme depuis 1966, elle a récupéré la compétence tourisme et la gestion de la taxe de séjour en 2023.
Ça rapporte à Marseille ?
Oh que OUI. Et de plus en plus. En 2024, 13,6 millions d’euros. En 2015, c’était 2,5 millions. Autrement dit, ça a été multiplié par six en dix ans. Un million de plus chaque année, hors Covid. Pas mal pour une taxe dont personne ne parle.
Franchement, ça sert à quelque chose ?
OUI et ça ce voit!. À Marseille, la part communale va directement à l’Office du tourisme qui a budget de 9,5 millions d’euros en 2024, financé à 82 % par cette taxe. Autrement dit, c’est les tous les visiteurs qui le financent! L’office du tourisme a contribué avec succès à faire de Marseille une destination touristique internationale, à accompagner la montée en gamme du secteur et à l’amélioration de l’accueil touristique. Depuis sa reprise en main par la Ville, il promeut un tourisme dans tout Marseille, tout au long de l’année et ouvert aux marseillais. En revanche, il ne finance (toujours) pas l’accès aux vacances pour tous à Marseille et le tourisme non-marchand (échange de maison, couchsurfing, etc) qui restent absents de ses priorités. Et l’accueil des non-touristes, ce n’est (pour le moment) même pas un sujet.
Pourquoi ça doit changer?
Il y a que des touristes qui la paient ?
Eh NON ! A part les mineurs, les saisonniers et les mises à l’abri, toute personne qui dort dans un hébergement touristique marchand la paie, qu’elle soit là pour bronzer ou pas : l’étudiant qui vient passer un entretien, l’aidant qui accompagne sa mère à l’hôpital Nord, le travailleur détaché dans la zone franche, l’artiste qui joue à la Friche, la famille qui arrive d’Alger… Beaucoup n’ont pas d’autre choix : les foyers, résidences universitaires et maisons des aidants affichent de plus en plus sont souvent complets. Et si le premier hébergeur, ce sont les marseillais qui accueillent gratuitement leur famille et amis (deux tiers des nuitées touristiques), il faut pas abuser.
Ils sont vraiment nombreux, ces non-touristes de passage ?
Franchement OUI. À Marseille, pour un touriste présent, il y a un autre visiteur qui est là pour travailler, se soigner, étudier ou se protéger. Les 25 hébergeurs de la coopérative Hôtel du Nord collectent plus de taxe de séjour auprès de ces personnes qu’auprès des touristes. Autrement dit, une grande partie de celle et ceux qui paient la taxe ne sont pas vraiment concernés par ce qu’elle finance.
Tout le monde paie pareil ?
Et bien NON! La taxe de séjour dépend du classement touristique. A Marseille, les hôtels de moyenne gamme, là où logent justement beaucoup de ces non-touristes, paient le taux légal maximum. En revanche, les hôtels de luxe et les locations courte durée sont taxés en dessous du plafond légal. Si on alignait tout le monde sur le maximum autorisé, ça ferait un million d’euros de plus par an, et ce pour moins d’un euro par nuitée et par personne. Cherchez l’erreur.
Y’a pas assez de place pour tout le monde ?
NON. De moins en moins. Les conditions d’accueil des non-touristes et des touristes moins aisés se dégradent. Faute d’hébergements temporaires abordables, des étudiants renoncent à un stage ou à des études à Marseille, des saisonniers refusent des offres d’emploi, des groupes scolaires ou sportifs préfèrent aller ailleurs, et les structures de mise à l’abri sont de plus en plus fragilisées. Autrement dit, le manque d’hospitalité accessible ne coûte pas qu’aux personnes concernées, il coûte à toute l’économie et à toute la ville.
Ça va dans le bon sens à Marseille ?
Bonne question. On aimerait bien le savoir. La loi impose aux collectivités de publier chaque année l’emploi de ces recettes. Mais quand cette obligation se résume comme trop souvent au transfert de la taxe vers l’office du tourisme, pas facile d’exercer une analyse de son usage. Le collectif Marseille Hospitalité demande que l’usage de la taxe de séjour par l’Office du tourisme soit rendu public. Plus de 9 millions d’euros par an, et on aimerait savoir exactement comment c’est dépensé.
Allez, on peut l’améliorer pour de vrai ?
C’est qui ces gens de Marseille HospitalitéS ?
Un collectif d’hébergeurs, d’associations, de chercheurs et de collectifs qui n’ont rien contre les touristes mais tout contre un système qui s’est emballé faute de régulation avec des logements transformés en produits financiers, une montée en gamme qui chasse les offres abordables, des espaces publics qui se privatisent. Des investisseurs transforment l’hospitalité en rente financière et rien ne semblent les arrêter. A Marseille HospitalitéS, on est là pour changer ça. Notre Carnet des hospitalités marseillaises, sorti en novembre 2025, c’est 63 propositions. Pas rien, quand même.
Concrètement, c’est simple ce qu’ils demandent ?
OUI, sans aucun doute. Le collectif demande qu’un tiers de la part communale de la taxe, soit trois million d’euros par an, soient réaffectés à une politique d’hospitalité pour toutes les personnes de passage : touristes, aidants, étudiants, travailleurs, familles en migration… Sans augmenter les impôts, sans créer de nouvelle taxe. Juste redistribuer ce qui existe déjà. Simple, non ?
On peut vraiment s’en servir pour mieux accueillir tout le monde ?
OUI, et c’est pas nous qui le disons : des juristes et la Cour régionale des comptes l’ont confirmé. Une commune peut affecter une partie de la taxe à l’accueil de toutes les personnes de passage, pas seulement les touristes. La loi autorise même l’Office du tourisme à déléguer ses missions d’accueil à des « organisations existantes qui y concourent ». Une école des hospitalités, par exemple 😊.
C’est les mêmes qui vont continuer à décider ?
OUI et NON. Le collectif propose de transformer l’actuel Comité des acteurs du tourisme en un Comité des acteurs de l’hospitalité ouvert à la pluralité des accueillants et accueillis : élu·es, professionnels, services municipaux, salariés du secteur, et représentant·es des visiteurs et des résidents. Parce que décider comment accueillir tout le monde sans leur demander leur avis, c’est peu hospitalier.
Avec cette taxe, on pourrait faire d’autres choses ?
Trois fois OUI. D’abord à une École des hospitalités pour former ceux qui accueillent. Ensuite à un Observatoire des hospitalités pour enfin savoir qui passe vraiment par Marseille et pourquoi. Et enfin, et surtout, au renforcement des structures qui font déjà le boulot sur le terrain et sont souvent épuisées faute de moyens : hébergeurs professionnels et individuels, associations, réseaux nationaux, premier accueil. Trois outils pour une ambition simple : faire de Marseille la première grande ville française à assumer l’hospitalité comme projet de ville. Ça ne serait pas mal, non ?
Tout le monde y gagne?
Ça ne va pas ruiner l’économie ?
Franchement NON. Au contraire. L’ADEME a montré qu’un tourisme de proximité génère autant de retombées économiques qu’un tourisme lointain, avec en bonus un bilan carbone bien meilleur. Diversifier l’accueil, ce n’est pas affaiblir l’économie touristique, c’est la rendre plus solide, moins dépendante des croisières et des vols low-cost, et plus compatible avec les Accords de Paris. Tout le monde y gagne.
Sérieux? Il n’y a pas que les touristes qui ont un impact économique ?
OUI, et comment ! En plus de consommer eux aussi sur place dans les hébergements, restaurants, commerces et lieux d’activités, beaucoup produisent à travers leur travail, bénévolat, stage et enseignement, sans compter qu’ils font souvent aussi venir du monde. Un·e étudiant·e, c’est en moyenne 8 000 euros de retombées économiques par an pour Marseille. Autant que 140 croisiéristes en escale ! Cherchez pas, c’est rentable.
C’est bien pour Marseille ?
Trois fois OUI. Parce que ces personnes contribuent déjà à la taxe de séjour sans en bénéficier. Parce que Marseille, ville-carrefour à forte mobilité, accueille bien au-delà des seuls touristes. Et parce que la Ville est adhérante au réseau des villes accueillantes ANVITA et qu’elle a annoncé vouloir promouvoir « un tourisme durable et populaire » depuis la reprise de la compétence tourisme en 2023. Affecter une part de la taxe aux hospitalités, c’est mettre la fiscalité en cohérence avec la réalité des usages et avec les valeurs affichées.
C’est bien pour les marseillais et marseillaises ?
Oh que OUI. Un tourisme mieux équilibré, c’est moins de pression sur la ville et ses habitants : moins de spéculation foncière alimentée par les locations courte durée, moins de nuisances et de pollution liées aux flux touristiques lointains, moins d’augmentation des prix dans les commerces et les activités, moins de saturation de l’espace public. Et une ville qui accueille mieux toutes les personnes de passage, c’est aussi une ville où les institutions, entreprises et marseillais peuvent héberger leurs salariés temporaires, leurs stagiaires, leurs apprentis, leurs partenaires, leurs membres, les mises à l’abri, sans que le manque d’hébergements accessibles ne soit un frein à la vie associative ou économique.
C’est bien pour les professionnels du tourisme ?
Trois fois OUI. La diversification de la clientèle est un atout économique : les non-touristes séjournent plus longtemps, génèrent des revenus stables hors saison et reviennent souvent hors plateforme. Au-delà de l’économique, accueillir des aidants, des étudiants ou des artistes donne un sens différent au travail d’hospitalité. Et la qualité au travail s’améliore grâce aux séjours moyenne durée. C’est mieux que d’enchainer les check-in check-out !
C’est bien pour les autres personnes de passage ?
OUI! Beaucoup! Se sentir attendu, désiré et bienvenue, et pas juste toléré, ça change tout quand on arrive pour travailler, se soigner, étudier, créer ou trouver un refuge. Et parmi tous ces personnes de passage, certaines vont s’attacher la notre ville et décider d’y rester, de créer une activité, de fonder une famille, contribuant ainsi à son renouvellement. N’oublions jamais que Marseille s’est construite grâce à celles et ceux qui sont venus d’ailleurs et ont choisi d’y rester.
On est prêt?
Il y a du monde prêt à se mobiliser ?
Oh que OUI ! Plus d’une centaine d’acteurs et de réseaux locaux et nationaux se sont déjà mobilisés autour de cette démarche : hébergeurs touristiques et sociaux, associations de quartier, réseaux d’accueil solidaire, structures religieuses, opérateurs du tourisme social, plateformes de l’échange non-marchand… De l’Estaque aux Goudes, en passant par Paris, ils ont en commun de croire qu’on peut faire mieux avec ce qui est déjà là, et ils y sont prêts.
Si c’est aussi bien, on le fait ?
OUI !!! Et c’est le maire qui le dit.. Une délibération du conseil municipal ! C’est tout. Pas besoin de changer la loi, pas besoin d’inventer une nouvelle structure. C’est un choix politique du maire, ni plus, ni moins. Ce qu’il faut, c’est la volonté politique. Les outils et les acteurs sont prêts. Et Benoît Payan a exprimé clairement sa convergence avec cette démarche lors des élections de 2026. A un moment donné où l’hospitalité est mal menée, il faut transformer les bonnes intentions en actes. Et c’est maintenant!t
Je peux aider?
La plateforme de participation citoyenne de la Cour des comptes et des chambres régionales permet à chacun de proposer des thèmes de contrôle ou d’enquête. Le collectif y a déposé une contribution sur la transparence et l’équité de la taxe de séjour. Tu peux la soutenir sur participationcitoyenne.ccomptes.fr. N’hésites pas à rejoindre le collectif, partager nos travaux, relayer le Carnet des hospitalités marseillaises : chaque voix compte pour rendre visible ce qui est invisible.
Annexes : Références juridiques
Guide pratique : Taxes de séjour du gouvernement.
Code général des collectivités territoriales, article L2333-26 : Définit les hébergements assujettis à la taxe de séjour et les catégories de personnes exonérées.
Code général des collectivités territoriales, article L2333-27 : Précise que le produit de la taxe de séjour est affecté aux dépenses destinées à « favoriser la fréquentation touristique de la commune », incluant l’accueil et l’information de toutes les personnes de passage.
Code général des collectivités territoriales, article L2333-29 : Encadre les taux applicables par catégorie d’hébergement et les plafonds fixés annuellement par la loi de Finances.
Code du tourisme, article L133-3 : Définit les missions des offices de tourisme, dont l’accueil et l’information des touristes, et précise qu’un office peut « déléguer tout ou partie de cette mission aux organisations existantes qui y concourent ».
Réforme de la taxe de séjour — loi du 26 juillet 2019 (loi ELAN, dispositions fiscales : Modernise le régime de collecte, notamment pour les plateformes numériques (Airbnb, Booking…) qui deviennent collecteurs pour le compte des loueurs.