Les retombées économiques touristiques des aéroports sont souvent mises en avant dans les projets de renforcement des capacités d’accueil aéroportuaire.
Le transport aérien est valorisé comme un apporteur de « visiteurs » avec une « capacité à payer » élevée, c’est à dire qu’il représente un fort potentiel de « consommation déplacée », pour reprendre les terminologies touristiques. Pour les élus, le tourisme aérien est vu comme une ressource en terme d’emplois, d’images et de retombées économiques. Ils perçoivent la limitation du transport aérien comme une menace pour l’économie locale. Qu’en est il réellement ?
Le Réseau des luttes locales pour la réduction du trafic aérien AviActions a souhaité mener une étude sur les liens entre l’aérien et le tourisme à l’échelle nationale avec un focus sur différentes destinations où sont impliqués des collectifs locaux du Réseau des luttes locales pour la réduction du trafic aérien : Avion et tourisme : des liaisons dangereuses?

Le réseau a mobilisé la SCIC Les oiseaux de passage, Greenpeace et à Rester sur Terre et la Fondation européenne pour le climat afin de réaliser fin 2022 un premier état des lieux des agencements marchands entre aérien et tourisme à partir des travaux académiques et des données disponibles sur deux territoires où des collectif sont présents.
Un groupe de travail a été constitué avec des membres du Réseau AviActions (collectifs de Nice, Marseille, Montpellier, Paris) et du collège « Recherche » de la SCIC Les oiseaux de passage (professionnels, universitaires). Au sein de ce groupe, une équipe opérationnelle a été constituée avec la doctorante Garance Bazin, la sociologue Saskia Cousin, l’économiste Gilles Caire et le sociologue Prosper Wanner.
Entre septembre et décembre 2022, quatre points d’étape ont réuni l’équipe et le groupe de travail. Des entretiens ont été menés avec des membres du Comité régional du tourisme d’Occitanie, des membres de l’agence de voyage Ekitour, des membres des collectifs du Réseau des luttes locales pour la réduction du trafic aérien et des économistes. Une bibliographie d’articles a été constituée et remise aux partenaires de cette étude.
Ce travail a permis de produire un premier état des lieux des enseignements qu’il est déjà possible de tirer des liens entre l’aérien et le tourisme à partir d’études de cas, de travaux et de données existantes et d’identifier les travaux de recherche qu’il reste à mener : collecte de données, entretiens, études de cas, analyses.
Si l’impact du transport aérien sur le climat, l’environnement et la santé est de plus en plus documenté et source de préoccupations, l’objet de cette étude est d’approfondir les liens entre l’aérien et le tourisme.


Présentation de l’étude
Cette étude menée par des sociologues et économistes, en mobilisant l’expertise des collectifs locaux, a permis de mettre en évidence que les études d’impact surestiment les retombées socio-économiques des projets d’extension d’aéroport, et que le tourisme lié à l’aérien est très concentré, notamment socialement, géographiquement et sectoriellement.
Le premier enseignement de ce travail est que les études d’impacts socio-économiques visant à justifier les projets d’extension d’aéroport présentent de nombreux biais. La nouvelle méthode de calcul proposée dans cette étude démontre que les retombées économiques pour le territoire sont largement surestimées : Non seulement les voyageurs quittant le territoire ne sont pas pris en compte, mais les impacts environnementaux associés aux vols ne sont pas monétisés.
Selon Gilles Caire, économiste et co-auteur du rapport : « en considérant tous les biais, l’extension de l’aéroport de Marseille-Provence se retrouverait déficitaire de 3,5 milliards d’euros d’ici 2045, très loin des calculs de l’étude d’impact utilisée pour justifier le projet »
Le second enseignement de cette étude est la concentration géographique et sociale générée par le tourisme aérien. Celui-ci tend à favoriser une offre touristique haut de gamme (hôtels 4 et 5 étoiles, restaurants gastronomiques…) qui s’adresse à une clientèle privilégiée au détriment de clientèles moins aisées.
Par ailleurs, les retombées économiques du tourisme aérien sont concentrées dans les grandes villes et ne bénéficient pas à l’ensemble du territoire.L’étude a comparé cette stratégie touristique avec celle de la région Occitanie, qui propose aux habitants de découvrir leur région en train à moindre frais (ex : billet de TER à 1 euro, un dimanche par mois). Ce type de politique a permis à un plus large public d’accéder aux vacances et aux loisirs, tout en répartissant les flux touristiques sur l’ensemble du territoire.
Selon Charlène Fleury, coordinatrice du réseau Rester sur Terre: « Cette étude inédite permet de lever les angles morts des études d’impacts officielles, et démontre qu’à retombées économiques égales, des alternatives plus écologiques sont aussi plus inclusives. En investissant dans le tourisme social et ferroviaire, les collectivités permettent à un plus large public d’accéder aux vacances et aux loisirs. »