Rencontre #3 : les travailleurs et travailleuses invisibles du tourisme

Lundi 23 mars, la quatrième soirée sur les hospitalités marseillaises à La Combinerie a porté sur les essentiels qui sont les hommes et femmes marins sur les navires de croisières, guides conférenciers, personnel de nettoyage dans l’hôtellerie et les conciergeries, agents d’accueil, cuisiniers et serveurs, ….

Prosper Wanner de la SCIC Les oiseaux de passage a partagé les résultats des enquêtes de la SCIC et du collectif Marseille Hospitalités sur les travailleurs et travailleuses invisibles du secteur touristique à Marseille et ailleurs, au moment où à Marseille 350 emplois sont à pourvoir dans le secteur touristique.

Olivia Foli, chercheuse au Centre d’études et de recherches sur les qualifications, a présenté l’étude en cours sur l’impact du changement climatique sur les conditions de travail dans le tourisme à Marseille, l’une des cinquante villes françaises les plus impactées : fortes chaleurs, incendies, trait de côte, ….

Gérard Pelen, ancien marin et marin et membre fondateur de l’Association d’accueil des marins à Marseille a exposé les conditions d’accueil des marins sur le Port de Marseille. Avec 600 navires de croisière par an, Marseille accueille un million de marins, femmes et hommes, chaque année, pour des escales souvent à la journée. Christine Mead d’Attac France a raconté son expérience dans la défense des marins abandonnés avec leur navire, autre mission de l’AMAM, et des femmes victime de harcèlement à bord.

Abiguail Goff, étudiante à l’Institute for Field Education et membre du collectif Marseille HospitalitéS, en fait le récit.

La soirée s’est ouverte avec l’intervention de Prosper Wanner, qui a posé le cadre général : celui d’une économie de l’hospitalité traversée par une tension entre visibilité et invisibilité. Derrière l’image d’une ville attrayante, il a invité à porter le regard sur celles et ceux qui rendent cette hospitalité possible. Il a commencé par un moment interactif sous forme de quiz pour tester les connaissances du public : un exercice révélateur, puisqu’il a montré que beaucoup — y compris parmi les personnes travaillant dans le secteur — peinent à identifier clairement les réalités de l’économie de l’hospitalité.

Quiz hospitalités

L’intervention consacrée aux femmes de ménage, menée par Olivia Forli, a mis en lumière que ce sont majoritairement des femmes, souvent à temps partiel, qui subissent une intensification du travail liée à la rentabilité du secteur. Leur activité devient de plus en plus technique et exige de nouvelles compétences, notamment avec la montée des exigences en matière de durabilité et de “tourisme vert”. Cette transition écologique repose en pratique sur ces travailleuses, à qui l’on demande d’adapter leurs pratiques et d’acquérir de nouveaux savoir-faire — sans que cela s’accompagne d’une revalorisation salariale. Le rôle des syndicats apparaît alors crucial pour défendre leurs droits, comme l’a illustré la trajectoire de Rachel Kéké, devenue une figure politique après une grève marquante en 2019.

Olivia Foli

La parole a ensuite été donnée à Gérard Pelen, de l’Association d’Accueil des Marins à Marseille, apportant une dimension à la fois concrète et humaine. Il a raconté l’accueil de marins venus de 102 nationalités différentes — souvent Philippins, mais aussi issus d’une grande diversité, notamment sur les bateaux de croisière où la présence de femmes augmente. L’AMAM leur offre un accompagnement essentiel : transport hors du port, accès au wifi et foyer accueillant. Des détails plus légers ont également émergé, comme la forte demande pour des souvenirs comme des petits tours d’Eiffel. L’intervention s’est conclue par un appel à bénévoles.

Enfin, Christine Mead, membre d’un cabinet d’avocat, est intervenue pour évoquer les cas de harcèlement sexuel à bord des navires, rappelant que ces espaces de travail, isolés et hiérarchisés, peuvent être des lieux de violences invisibles, difficiles à dénoncer.

Gérard Pelen

Vers la fin, la soirée s’est transformée en un échange ouvert entre les intervenants et le public, illustrant combien un cadre plus intime favorise la discussion et le partage autour de ces enjeux sensibles et souvent méconnus.

Finalement, à travers la diversité des secteurs évoqués, s’est dessinée une image commune : celle d’une économie où l’invisible tend à être rendu visible grâce à l’action conjointe de différents acteurs — syndicats, associations d’accueil et dispositifs juridiques. La question de la visibilité apparaît ainsi indissociable d’un travail de sensibilisation aux réalités des secteurs précaires.

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