Avez-vous une idée du tarif moyen d’une nuit d’hôtel à Marseille ? Ou encore du pourcentage de personnes de passage chaque année pour un autre motif que le tourisme ? De ce que représentent les étudiant.es en termes de retombées économiques ? Si la réponse est négative, peut-être avez-vous comme nous besoin d’une mise à jour…

La combinerie était pleine à craquer pour le lancement de notre nouveau cycle de programmation « Marseille, ville d’hospitalités » le 9 février. Conçu avec le collectif Marseille HospitalitéS, il explore l’hospitalité sous toutes ses formes, de février à juillet 2026. En tout, 12 soirées de conférences, débats avec des chercheurs, des citoyens, des entrepreneurs sociaux et des collectifs d’associations investis sur cette question.
Penser l’hospitalité
Cette première soirée nous a permis de mieux saisir l’essence de ce terme, que l’on pourrait être tentés un peu rapidement de remplacer par « accueil ». Mais Carine Delanoë-Vieux, chercheuse en design et directrice de projets culturels et collaboratifs dans le champ de la santé, nous a permis de mieux en comprendre le sens : « On ne peut pas penser l’hospitalité sans l’hostilité, car à la racine étymologique d’hospitalité il y a à la fois hospes et hostis, ce dernier signifiant à la fois « hôte« et « ennemi » ».
Au-delà de cette contradiction, l’hospitalité est un acte profondément asymétrique, car il donne le pouvoir à l’accueillant de dire à l’accueilli : « je t’accueille ». « Pour faire de l’hospitalité, il faut faire partie d’un groupe (…) C’est donc souvent le dernier arrivé qui perturbe l’homéostasie du groupe », explique Carine Delanoë-Vieux. Vous avez ainsi peut-être déjà pu observer que les Parisiens arrivés avant 2013 se sentaient plus marseillais que les Marseillais, et que ceux arrivés avant la vague de covid ne voyaient pas toujours d’un bon œil ceux celles et ceux arrivés après 2021…

La dialectique de l’hospitalité et de l’inhospitalité se joue partout, même dans le champ de la santé : bien que l’hospitalité y soit une valeur centrale, la peur des maladies importée par des étrangers a toujours été une problématique forte dans la ville portuaire qu’est Marseille. Au XVIIIe siècle, l’archipel du Frioul servait ainsi de lieu de quarantaine pour les vaisseaux venus d’ailleurs.
Une quarantaine de types de personnes de passage
Alors, qui sont actuellement les personnes accueillies à Marseille ? Prosper Wanner, enseignant-chercheur et gérant de la coopérative Hôtel du Nord, a recensé une quarantaine de catégories de personnes de passage : marins, pèlerins, travailleurs intérimaires, étudiants, réfugiés, personnes qui rendent visite à des malades hospitalisés, mineurs non accompagnés…

Ces personnes représentent 15% de la population marseillaise, soit autant que les touristes. Un chiffre obtenu grâce aux relevés des bornes téléphoniques. Pourtant, ces personnes ne sont pas accueillies de la même manière. Et c’est bien là que le bât blesse.
Les institutions semblent obnubilées par une montée en gamme du secteur hôtelier, qui bénéficie de subventions publiques : le nombre de chambres dans les 4 et 5 étoiles a explosé ces dernières années pour représenter 40 % des quelque 7 200 chambres du parc en 2024.
Avec une nuitée qui coûte en moyenne 110 euros, difficile pour une large partie des personnes de passage de trouver un point de chute à Marseille…

Mais pour quelles retombées économiques ? D’après Prosper Wanner, les étudiants rapportent 140 fois plus à la ville que les croisiéristes. Marseille a donc l’opportunité de devenir la ville la plus hospitalière de France si elle s’en donne les moyens.
Le collectif Marseille HospitalitéS a ainsi formulé 60 propositions. La principale étant de reverser 20% de la taxe de séjour à des projets d’hospitalité.
En 2025, Marseille a collecté 14 millions d’euros via cette taxe, contre 2,5 millions il y a dix ans – une multiplication par six. Le collectif rappelle qu’elle est aussi payée par celles et ceux ne font pas du tourisme. Alors que ces publics ne bénéficient de peu de services en retour, il est grand temps de changer la donne !
Un récit de cette première rencontre de Hélène Fargues de la Combinerie accompagné des dessins de Giulia David.