Quelles formes d’hospitalité pour les jeunes autour des grands événements récréatifs à Marseille ? Regards croisés de participants des événements culturels et des supporters éloignés de l’Olympique de Marseille
Marseille, un territoire historique d’événementialité
Depuis sa fondation vers 600 av. J.-C., Marseille se distingue non seulement comme un port majeur de la Méditerranée, mais aussi comme une cité où la vie collective s’exprime à travers des formes régulières de rassemblement et de festivités.
Selon la légende, la ville serait elle-même née d’un banquet festif entre une princesse locale et un marin grec.
Du Moyen Âge aux temps modernes, les places et rues de Marseille ont accueilli processions religieuses, fêtes patronales, entrées solennelles et marchés, mobilisant l’espace public et réunissant habitants et visiteurs, faisant de Marseille un territoire d’événementialité (Amouretti, 2009).

Institutionnalisation au XXème siècle : Parc Chanot, Vélodrome et grandes manifestations
L’expression la plus structurée de cette transformation se fait visible avec la mise en place d’infrastructures dédiées aux événements au cours du XXème siècle.
Le site du Parc Chanot, incarne cette évolution : il est aménagé au début du siècle pour accueillir de grandes expositions, notamment les Exposition coloniale du début XXe, qui attirent des foules importantes (Aillaud et al., 2006).
En 1924, est créée la première Foire internationale de Marseille, au Parc Chanot. Rapidement, cette manifestation s’impose comme un événement incontournable de l’automne marseillais.
Selon les données de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Aix-Marseille-Provence, la Foire rassemble chaque année plus de 1.300 exposants et près de 350 000 visiteurs.
La structuration du site se poursuit dans les années 1950 avec la construction des premiers palais des congrès, renforçant la vocation du Parc Chanot comme pôle événementiel majeur. Parallèlement, la ville développe de grands équipements sportifs.
Le Stade Vélodrome est inauguré en 1937, à l’occasion de la Coupe du monde de football 1938. Initialement destiné au cyclisme et au football, il devient progressivement une enceinte polyvalente accueillant compétitions internationales, concerts et grands spectacles. Après les rénovations de 1998 et 2014, sa capacité atteint environ 67 000 places.

Diversification des formats événementiels entre le XXème et le XIXème siècle
Dans le champ culturel, plusieurs festivals structurent l’identité événementielle contemporaine : Le FIDMarseille (Festival international de cinéma de Marseille), fondé en 1989, est reconnu internationalement pour le cinéma documentaire et expérimental, Le Festival de Marseille, créé en 1996, propose une programmation pluridisciplinaire (danse, musique, performance) et participe au rayonnement artistique international de la ville.
Dans le domaine musical : Marsatac, créé en 1999, est devenu un festival majeur des musiques électroniques et urbaines et Le Delta Festival, lancé en 2015, revendique jusqu’à 30 000–35 000 participants par édition selon les organisateurs.
Marseille accueille également des compétitions sportives majeurs, qu’elles soient internationales ou populaires : Coupe du Monde de la FIFA 1938 et 1999, UEFA Euro 2016, Coupe du monde de rugby 2023, Jeux olympiques d’été de 2024 (épreuves de voile organisées à Marseille), Marseille-Cassis, créée en 1979, rassemblant environ 20 000 coureurs chaque année, Défi Monte-Cristo, l’une des plus importantes compétitions d’eau libre en Europe

Qu’entend-on par événementiel ?
L’événementiel se définit autant par sa forme que par ses effets : attractivité, visibilité et transformation temporaire de la ville.
Dans la littérature scientifique, l’événementiel est généralement défini comme un ensemble de manifestations ponctuelles, organisées dans un temps et un espace délimités, et générant un rassemblement temporaire de publics.
Selon Donald Getz, référence majeure des event studies, un événement se caractérise par sa temporalité limitée, son caractère exceptionnel et ses effets territoriaux (Getz & Page, 2016). Cette approche insiste sur le fait que l’événement transforme temporairement les usages d’un territoire en produisant un afflux inhabituel de visiteurs et une intensification des pratiques urbaines.
Dans le champ du tourisme, le Conseil National du Tourisme souligne également que l’événement se distingue par sa capacité à générer un flux de fréquentation exceptionnel dans une période courte (CNT, p.4, 2008).

Qu’entend-on par événementiel ? et par “hospitalité” dans le cadre dans l’événementiel ?
Dans la littérature scientifique, l’événementiel est généralement défini comme un ensemble de manifestations ponctuelles, organisées dans un temps et un espace délimités, et générant un rassemblement temporaire de publics.
Selon Donald Getz, référence majeure des event studies, un événement se caractérise par sa temporalité limitée, son caractère exceptionnel et ses effets territoriaux (Getz & Page, 2016).
Cette approche insiste sur le fait que l’événement transforme temporairement les usages d’un territoire en produisant un afflux inhabituel de visiteurs et une intensification des pratiques urbaines.
Dans le champ du tourisme, le Conseil National du Tourisme souligne également que l’événement se distingue par sa capacité à générer un flux de fréquentation exceptionnel dans une période courte (CNT, p.4, 2008).
L’événementiel se définit donc autant par sa forme que par ses effets : attractivité, visibilité et transformation temporaire de la ville.
Pour une typologie d’événements et choix du terrain
La littérature distingue plusieurs grandes catégories d’événements (Gertz & Page, 2016) : événements professionnels (congrès, salons), festivals culturels, événements de divertissement et événements sportifs
Or, dans cette étude, le choix est fait de se concentrer sur les événements récréatifs grand public (festivals, spectacles, événements sportifs), en excluant l’événementiel professionnel. Ce choix repose sur un argument méthodologique présent dans les études touristiques : les mobilités de loisir reposent davantage sur des décisions individuelles, alors que les mobilités professionnelles sont fortement encadrées par les organisations. L’analyse des pratiques d’hospitalité y est donc plus lisible.
Le terrain inclut donc des événements culturels et sportifs marseillais, dont les matchs de l’Olympique de Marseille, qui constituent un cas fréquent d’événement récurrent à forte attractivité.

L’hospitalité événementielle
Dans ce travail, l’hospitalité renvoie aux conditions concrètes d’accueil des publics lors d’un événement. Elle ne se limite pas à l’hébergement, mais inclut l’ensemble de l’expérience d’accueil dans la ville.
Elle peut être analysée à travers plusieurs dimensions :
- Accessibilité : transports, orientation, lisibilité des lieux
- Conditions matérielles : logement, restauration, équipements
- Qualité de l’accueil : information, médiation, ambiance
- Relations ville-visiteurs : cohabitation avec les habitants, perceptions des visiteurs
L’hospitalité événementielle résulte d’un ensemble d’acteurs : organisateurs, institutions publiques, professionnels du tourisme, mais aussi habitants, qui participent indirectement à l’expérience d’accueil.

Méthodologie de l’enquête
Ce travail repose sur deux terrains d’enquête distincts mais complémentaires, visant à analyser les formes d’hospitalité urbaine à Marseille en contexte événementiel.
Le premier terrain concerne les mobilités de supporters de l’Olympique de Marseille. Nous avons mené des entretiens informels le 3 février 2026 aux abords du stade Vélodrome, avant un match de Coupe de France.
Sept jeunes supporters, venus d’Île-de-France et de Clermont-Ferrand, ont été interrogés sur leurs pratiques de déplacement, d’hébergement et leur rapport à la ville.
Le second terrain porte sur les publics d’événements culturels (festivals, concerts, spectacles). Il repose sur une série d’entretiens informels menés auprès de festivaliers, spectateurs et acteurs culturels, évoquant des événements variés (Delta Festival, Marsatac, Ballet National de Marseille et concert).
Le choix de ces deux terrains répond à une logique comparative : analyser comment différentes formes d’événements produisent des modalités d’hospitalité distinctes.
La démarche repose sur des matériaux qualitatifs, principalement déclaratifs, ce qui implique certaines limites (taille réduite de l’échantillon, biais liés aux discours, absence d’observation prolongée). Néanmoins, la mise en dialogue des deux enquêtes permet de dégager des tendances structurantes.

Des mobilités contraintes mais assumées
Venir à Marseille implique une organisation importante, en particulier pour des publics jeunes. Chez les supporters, les déplacements longs et coûteux sont pleinement intégrés à l’expérience. Les trajets peuvent atteindre 7 à 10 heures aller-retour, pour un budget compris entre 120 et 200 euros.
Malgré cela, la venue reste prioritaire. Mr. T. (Île-de-France) résume cette logique : “Ça peut faire un trou dans la caisse mais bon… on vient quand même”.
La contrainte économique est reconnue mais relativisée. Elle apparaît comme un élément normalisé de l’engagement supporter, davantage accepté que subi.
Aussi, le voyage est presque toujours collectif, ce qui permet d’amortir les coûts mais aussi de renforcer la dimension sociale du déplacement. Mr. G. (Clermont-Ferrand) souligne cette interdépendance : “Si j’y allais pas avec mes collègues à chaque fois, je pourrais pas venir. Puis on a commencé ensemble, donc on continue”. La répétition des déplacements produit ainsi des routines logistiques, construites dans le temps. Des logiques proches apparaissent chez les publics culturels, notamment chez les festivaliers. Mme. C. (Lyon) explique : “On prend un petit Airbnb et on s’entasse, on met des matelas partout pour payer moins cher”.
La contrainte financière pousse les participants à développer des stratégies concrètes de partage des coûts, d’optimisation des durées de séjour et d’anticipation, montrant la rigueur et la compétence logistique déployées pour rendre le déplacement soutenable.
Ces pratiques, répétées et organisées, dépassent toutefois le simple aspect fonctionnel : elles se transforment en rituels intégrés à l’expérience événementielle, conférant au trajet et à l’organisation du séjour une valeur symbolique et sociale. Ensemble, ces dimensions révèlent une banalisation des mobilités événementielles longues et la manière dont l’effort consenti enrichit l’expérience vécue.

L’hébergement : une hospitalité tactique
L’hébergement constitue un point de convergence majeur entre les deux enquêtes.
Chez les supporters, dormir chez des connaissances rencontrées via le club ou les tribunes est fréquent. Mr.P. (Île-de-France) explique : “Quand je peux pas faire l’aller-retour, je dors chez des amis. Tu paies la bouffe et quelques bières en échange”. Cette hospitalité repose sur des échanges non monétaires et prolonge les sociabilités construites autour du football. L’accueil fonctionne comme une extension du collectif supporter au-delà du stade.
Lorsque ces réseaux ne sont pas mobilisables, les solutions restent très fonctionnelles. Plusieurs enquêtés mentionnent des hôtels bon marché proches de la gare, choisis pour leur praticité plutôt que pour leur confort. Mr.P. précise : “T’es à 5 minutes de la gare, au moins tu rentres vite le lendemain. Le reste, c’est souvent trop cher”. Le logement apparaît ici comme un simple support logistique permettant l’accès à l’événement.
Dans les événements culturels, les formes d’hospitalité sont plus variées. Festivals, concerts et spectacles activent différents registres relationnels : amis, famille ou réseaux professionnels.
Mme. L., venue de Paris pour un concert, raconte : “J’ai dormi chez un oncle près de la gare, je le connais pas tant en vrai, ça dépanne surtout…et je suis repartie dès le lendemain”.
Mais il en va de même pour une chargée de communication du Ballet National de Marseille qui nous confie avoir souvent recours à son réseau personnel pour loger certains artistes. Ces configurations montrent que l’hospitalité repose largement sur des réseaux informels, mobilisés de manière pragmatique selon les ressources disponibles.

Deux manières d’habiter Marseille
Une ville focalisée pour les supporters : Les supporters entretiennent un rapport très ciblé à Marseille, organisé autour du stade et des infrastructures de transport. M.A (Clermont-Ferrand) résume cette relation fonctionnelle : « On vient surtout pour les matchs… le plus important c’est le stade. » Les trajectoires urbaines suivent souvent un schéma resserré : arrivée à la gare ou en voiture, direction le stade, puis retour. La ville est davantage traversée qu’explorée. Cette centralité fonctionnelle du stade reflète un usage temporaire et ritualisé de la ville. Les rares moments de visite restent occasionnels et dépendants du temps disponible.
Une expérience plus diffuse pour les publics culturels : À l’inverse, les participants aux événements culturels décrivent une relation plus étendue à la ville. Anne, venue de Lyon pour voir le Ballet National, combine spectacle, expositions et restaurants grâce à un hébergement chez une amie. La possibilité de rester plusieurs jours et de s’appuyer sur un réseau local favorise une circulation plus large dans la ville. L’événement agit ici comme point d’entrée plutôt que comme unique finalité. Cette porosité se traduit par des pratiques urbaines plus diversifiées, mêlant culture, sociabilité et découverte.

Des formes d’hospitalité différenciées : vers une typologie
Une hospitalité rituelle chez les supporters : Elle se caractérise par des mobilités longues et répétées, une forte auto-organisation et un rapport très focalisé à la ville. L’expérience est structurée par la récurrence des déplacements et par des sociabilités spécifiques.
Une hospitalité expérientielle chez les publics de la culture institutionnelle : Les séjours apparaissent plus intégrés à la ville, avec des pratiques culturelles élargies et des réseaux amicaux plus stabilisés. L’événement s’inscrit dans un ensemble d’expériences urbaines plus larges.
Une hospitalité compressée pour les festivaliers : Les récits évoquent des séjours courts mais intenses, marqués par la densification des hébergements et une organisation improvisée mais efficace. L’hospitalité est ici temporaire et fortement dépendante du collectif.
Conclusions et limites
La mise en dialogue des deux terrains montre que Marseille accueille des publics événementiels variés selon des modalités différenciées mais complémentaires.
Les supporters vivent une expérience concentrée autour du stade, marquée par une forte auto-organisation et des mobilités ritualisées, tandis que les publics culturels développent un rapport plus diffus et intégré à la ville, étendant leur expérience à d’autres pratiques urbaines et culturelles.
Malgré ces différences, un point commun se dégage : l’hospitalité marseillaise est largement coproduite par les jeunes visiteurs eux-mêmes, à travers leurs réseaux, leurs stratégies d’adaptation et leurs sociabilités.
Elle apparaît ainsi moins comme un dispositif formel que comme une pratique sociale située, façonnée par les événements et les relations qui les rendent possibles.
Cependant, cette recherche comporte plusieurs limites. L’échantillon restreint et composé majoritairement de jeunes engagés limite la portée généralisable des résultats. De plus, les données reposent sur des discours déclaratifs, susceptibles d’être influencés par des biais de subjectivité. Enfin, l’absence d’observation prolongée et la temporalité circonscrite de l’enquête ne permettent pas d’appréhender les évolutions sur le long terme. Néanmoins, ces limites n’invalident pas les tendances dégagées.
En définitive, cette étude montre que l’hospitalité marseillaise, qu’elle soit sportive ou culturelle, se construit à la fois dans les dispositifs urbains et dans les pratiques sociales. Elle confirme que l’événement ne constitue pas seulement un moment ponctuel, mais un cadre structurant des mobilités, des relations et des expériences urbaines.
Sources
- Amargier, P., Guyon, B., Joutard, P., & Amouretti, M.-C. (1988). Histoire de Marseille en treize événements. Marseille : Jeanne Laffitte.
- Aillaud, G., Richard, É., Barbier, B., et al. (2006). Désirs d’ailleurs : Les expositions coloniales de Marseille 1906 et 1922. Marseille : Archives municipales / Éditions Alors hors du temps.
- Conseil National du Tourisme. (2008). Événementiel culturel et sportif et développement touristique : Rapport au Ministre de l’économie, des finances et de l’industrie. Paris : La Documentation française.
- Getz, D., & Page, S. (2016). Progress and prospects for event tourism research. Tourism Management, 52, 593–631.
- Gotman, A. (2001). Le sens de l’hospitalité. Paris : Presses Universitaires de France.
- Lestrelin, L. (2006). L’autre public des matches de football : Sociologie du « supportérisme à distance ». Le cas de l’Olympique de Marseille [Thèse de doctorat, Université de Rouen].
- Lestrelin, L., Basson, J.-C., & Helleu, B. (2013). Sur la route du stade. Mobilisations des supporters de football. Sociologie, 4(3), 291–315.
- Rodrigues de Melo, N., Roux, J.-M., Mao, P., & Bouhaouala, M. (2022). Le groundhopping, une nouvelle forme de tourisme sportif : Une analyse à partir du cas français. Téoros, 41(2).
Une enquête de Vincent CONDE, Enowen DURAND, Virgile FERNANDEZ et Baptiste LOIZEAU, en deuxième année du master Transition et planification à l’IMVT – Institut méditerranéen de la ville et des territoires.