Quel accueil social municipal ?

Les personnes de passage à Marseille, parfois dans leur propre ville, sont aussi des personnes qui doivent être mises à l’abri, en grande partie à l’hôtel, sans domicile fixe, en squat faute de logement et souvent de papiers, parfois avec de jeunes enfants ou comme mineurs isolés, … à propos desquels des associations et des collectifs tirent la sonnette d’alarme au vu de leurs conditions de vie de plus en plus dégradées et de la suspension croissante des conventions d’accueil d’urgence par des hôtels le temps de la saison touristique.

Dans ce contexte, la nouvelle équipe municipale mène depuis 2020 des actions dans le domaine du Social et de la Solidarité. Nous avons fait un point sur ces actions avec la Direction des Solidarités et de l’Action Sociale de la Ville de Marseille.

Qui a besoin de solidarité?

La 4e édition de la « Nuit de la Solidarité » a conduit à l’inscription d’un millier de volontaires. 442 personnes sans-abri ont été rencontrées, soit une augmentation de 29% à périmètre équivalent par rapport à janvier 2023.

Nuit de la solidarité 2025. Image site Ville de Marseille.

Cette opération solidaire vise à aller à la rencontre des personnes en situation de grande exclusion, dans les rues du 1er au 8e arrondissement, afin d’échanger avec elles, à partir d’un questionnaire anonyme, qui permet d’avoir une connaissance actualisée de leur situation et de leurs besoins (distribution de repas, meilleure connaissance des lieux de vie…).

La Ville a organisé des créneaux de formation à « l’aller-vers » à destination des volontaires de la Nuit de la Solidarité en partenariat avec l’association La Cloche.

Une personne rencontrée sur huit est une femme (13%). Environs un tiers vit à la rue depuis moins d’une année, un tiers depuis moins de cinq ans et un tiers depuis plus de cinq ans.

Plus de la moitié n’ont pas été hébergés depuis plus d’une année.

Les lieux des derniers hébergements sont pour un tiers un centre d’hébergement ou un hôtel social, un tiers chez une connaissance et un tiers dans son propre logement.

Nuit de la solidarité 2025. Image site Ville de Marseille.

Quels sont les services d’accueil municipaux ?

Concernant l’hébergement urgence, compétence de l’État, la municipalité s’est engagée à favoriser la création de 1000 places d’hébergement au travers la mobilisation de son patrimoine foncier et immobilier.  437 places ont déjà été créées au sein de 12 sites mis à disposition d’opérateurs associatifs financés par l’État. 

Centre d’Hébergement d’Urgence, image site Ville de Marseille.

Le Centre communal d’actions sociales a ouvert un centre d’hébergement de 329 places dans le 15e arrondissement de Marseille, face à la station de métro de Bougainville (lien).

En partenariat avec Habitat Alternatif Social (HAS), Justice et union pour la transformation sociale (JUST), l’association des usager de la Plateforme d’Accueil des Demandeurs d’Asile (AUP) et la régie de quartier Noailles Belsunce, le Centre communal d’action sociale a ouvert récemment son premier centre d’hébergement, rue Cavaignac dans le 3e arrondissement, dans un bâtiment propriété de la Ville. Il s’agit d’un dispositif de 55 places à cheval sur deux bâtiments mis à disposition par la Ville de Marseille, rue Cavaignac, et par l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, rue Nau.

La Ville apporte également son concours financier au fonctionnement des centre d’hébergement d’urgence de la Minoterie et Forbin. 

En parallèle, la Ville soutien des réseaux d’hébergeurs solidaires et le recrutement à venir d’un travailleur social pour l’accompagnement des personnes hébergées chez des particuliers.

L’engagement en faveur de l’accueil de jour et de douches municipales s’est traduit par la création de douches municipales rue Berton dans le 5ème arrondissement, avant l’ouverture d’un Pôle Hygiène et de santé avenue du Maréchal-Foch dans le 4e arrondissement. Elle a en projet la création d’un Accueil de jour sur le cours Lieutaud en lien le projet «centre ville» et dans l’ancien site Coco Velten à destination de femmes. Elle apporte son soutien aux accueils de jour associatifs.

Douche municipale rue Berton. Image site Ville de Marseille.

Marseille est la seule ville en France à s’être dotée d’un SAMU Social municipal

SAMU Social. Image site Ville de Marseille.

La municipalité est engagée dans le renforcement du Samu Social municipal et la refonte du Centre communal d’action sociale : distribution de repas, recrutement de travailleurs sociaux et permanences d’infirmiers au sein des équipes mobiles du SAMU social et des douches municipales.

Elle accompagne aussi le développement d’un accueil inconditionnel au sein du Centre communal d’action sociale au travers la formation des équipes à l’accueil des publics réfugiés et primo arrivants.

Quid de l’accès aux droits?

La déclaration des Droits des personnes sans abri a été voté en Conseil Municipal le 19 avril 2024, en réaction à la suspension en juillet 2020 de l’arrêté interdisant la mendicité mis en place par la précédente municipalité le 17 octobre 2011.

Article 1 : Le premier droit de toute personne sans-abri est de cesser de l’être. Toute personne sans-abri a le droit d’accéder à un logement. Les services publics et privés permettant l’accès à l’habitat doivent être accessibles à tous. Toute personne sans-abri doit pouvoir être accueillie et accompagnée pour faire valoir ses droits, même dans le cadre de la dématérialisation et de la numérisation des services publics.

La Ville a remporté le projet Territoire zéro non recours dans le quartier de la Belle de mai (3ieme arrondissement).

Le projet prévoit le déploiement d’un dispositif structuré de repérage, d’orientation et d’accompagnement des ménages empêchés afin qu’ils accèdent à leurs droits.

Il vise les familles en situation de précarité qui se rendent quotidiennement dans les établissements municipaux qui les accueillent (écoles, centres sociaux, maisons pour tous).

Quid des bidonvilles?

Dans le cadre de la résorption des squats et bidonvilles, la ville a comme principe de ne demander l’expulsion d’un site squatté que si celui-ci constitue un danger pour ses occupants, entrave un projet d’intérêt public ou génère un trouble trop important à l’ordre public.

De façon générale, elle privilégie la stabilisation des sites afin de permettre leur résorption par l’insertion progressive des familles

La Ville agit aussi pour l’accès à l’eau et à l’hygiène dans les bidonvilles en soutenant l’action d’associations qui mettent en place des dessertes en eau courante, en prenant les abonnements sur les sites municipaux et en soutenant des actions de réductions des risques liés à l’habitat.

Dans le cadre du plan pauvreté, la Ville vient en soutien d’actions en faveur de l’accès à l’éducation, à la culture et aux loisirs des enfants vivant en bidonvilles .

Carte des points d’eau accessibles à Marseille.

Quels sont les moyens financiers mobilisés?

Le Pacte des Solidarités, dans la suite des 2 premiers plans pauvreté contractualisés avec l’État, a pour but de faire reculer la grande précarité et d’apporter toujours plus de réponses adaptées aux urgences sociales vécues par ses habitant·es. La Ville de Marseille est à ce jour l’unique ville à avoir contractualisé avec ce cadre, sous l’impulsion du programme « Marseille en grand ». Elle met en œuvre des actions volontaristes pour renforcer l’accès aux droits des personnes en situation de précarité dans le cadre d’un plan qui mobilise 2 millions d’euros par an.

Avec le 3ème Contrat Territorial d’Accueil et d’Intégration signé le 11 octobre 2024, la ville a fait le choix d’élargir le public concerné aux primo-arrivants (initialement réservé aux personnes ayant le statut de réfugié) répondant ainsi à de fortes attentes émanant des acteurs associatifs et des collectifs de citoyens.

Une situation apaisée?

A travers nos enquêtes et visites croisées sur l’accueil social, nous constatons que si les associations et collectifs qui travaillent à l’amélioration des conditions d’accueil, pour la plupart avec la Ville, reconnaissent des avancées depuis 2020, elles restent néanmoins critique sur la lenteur, les incohérences et les manques dans les politiques publiques mises en place.

De son côté, la Ville rappelle que chaque proposition ou budget est systématiquement attaquée en conseil municipal par les élus d’opposition et que cela ralenti grandement les activités, même si cela relève de notre fonctionnement démocratique. Il y a aussi des réticences parfois très fortes des habitant·es qui voient parfois d’un mauvais œil par exemple l’arrivée de bains douche dans leur rue. Les agents municipaux peuvent alors avoir un accueil hostile nécessitant du temps et des adaptations à chaque cas.

En général, une fois les premiers temps passés et les problèmes résolus ou atténués, l’hostilité fait place à une acceptation cassant ainsi des a priori de nous portons toutes et tous avec nous. Ainsi les politiques d’hospitalités ne s’imposent-elles pas d’elle même comme nous aimerions le croire idéalement. Chaque avancée est le résultat d’un long travail municipal faisant souvent suite à une lutte associative sur le terrain.

Sources :

Une enquête menée avec la Direction des Solidarités et de l’Action Sociale de la Ville de Marseille.

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