Quel accueil des voyageuses ?

Le phénomène des femmes voyageant seules est en pleine croissance. Entre 2014 et 2017, leur nombre est passé de 54 à 138 millions selon l’Organisation Mondiale du Tourisme. En 2025, près de 40% des voyageuses ont prévu de partir seules, soit une hausse de 8 points par rapport à l’année 2024.

Si 85% des voyageurs solo sont des femmes, 70% des femmes citent la peur pour leur sécurité comme frein principal à leurs envies d’aventure solitaire.

Cette inquiétude n’est pas infondée : 64% des voyageuses solo ont subi au moins une forme d’attention non désirée lors de leurs déplacements. L’expérience joue un rôle important : après dix voyages solo, 59% se sentent encore en insécurité contre 78% lors du premier voyage.

Une étude publiée dans Current Issues in Tourism, basée sur des entretiens approfondis avec des femmes « backpackeuses » âgées de 23 à 47 ans, raconte que ces expériences solitaires transforment notablement leur identité.

Pour Lucie Azema, autrice de l’essai « Les femmes aussi sont du voyage » aux éditions Flammarion en 2021, voyager seule est un « moyen d’émancipation, de sortie du foyer, de la famille, du couple, de plus en plus faisable dans nos sociétés occidentales ».

Pour Karine Esselin, qui termine une thèse sur « Les backpackeuses : à la conquête de l’espace exotique« , en voyageant seules, les femmes traversent et transgressent les frontières de genre, d’âge, de classe et de race.

Alexandra David-Néel et le Lama Aphur Yongden au Tibet.

Le voyage solo des femmes s’inscrit dans une histoire longue : des pérégrines médiévales aux exploratrices du XXe siècle – comme Alexandra David-Néel qui embarqua à Marseille à 23 ans pour son premier voyage et y fut incinérée – les femmes ont toujours voyagé, même si l’histoire les a souvent effacées.

Qui sont ces voyageuses ?

Si les études divergents sur le profil de ces voyageuses, elles partagent le constat que les femmes sont majoritaires dans les voyages en solo. Une tendance qui s’accroit.

Selon une étude publiée en 2025 par Britany Ferries, une voyageuse solo sur deux serait veuve ou divorcée et quatre sur cinq auraient plus de 45 ans (ce que contredisent d’autres études). Et ces voyages interviendraient souvent après une rupture de vie : fin d’études, perte d’emploi, séparation ou deuil. Selon une autre étude, elles dépenseraient environs 20% de plus par jour que les hommes voyageant seuls (entre 1.800 et 3.500 dollars pour un voyage international de 10-15 jours). Elles voyageraient in fine rarement seules et les rencontres seraient l’activité principale du voyage, notamment en auberges de jeunesse.

La charge mentale domestique est l’un des motifs de voyage solo ou entre femmes. Le « momcation«  – contraction de « mom » et « vacation » – est un phénomène où les mères s’accordent du temps pour elles en vacances, loin de la charge mentale domestique. Une étude IFOP de 2022 révèle que les deux tiers des Françaises disent en avoir fait plus en 2022 que leur conjoint dans l’organisation des voyages et des vacances contre un tiers des hommes qui ont le même sentiment. Préparation des vacances, sélection de l’hébergement, tenu du budget, préparation des repas, ménage, repas, courses, enfants, … restent à la charge des femmes quand les hommes ont majoritairement la charge du barbecue et de la conduite de la voiture …

“Cette enquête montre que les vacances, qu’il s’agisse de leur préparation ou de leur déroulement, n’échappent pas au privilège de genre qui veut que les hommes en fassent globalement moins que les femmes dans la plupart des tâches liées à la vie de couple et aux enfants. Même en congés, c’est à elles qu’il revient très majoritairement d’anticiper, de préparer et de gérer, à l’exception de la conduite de la voiture familiale qui demeure une chasse gardée masculine. En ce sens, il apparaît clairement que les femmes ne sont jamais autant en vacances que les hommes puisque durant cette période, pourtant associée à la détente et au repos, elles subissent toujours les inégalités de répartition des tâches déjà vécues au quotidien tout le reste de l’année. Malgré la plus grande disponibilité du conjoint, la trêve estivale ne parvient donc pas à rompre les modèles conjugaux et familiaux inégalitaires.” François Kraus, directeur du pôle « Genre et sexualités » à l’IFOP, 2022.

Des initiatives touristiques.

Des agences de voyage se sont spécialisées dans les offres « women only » et proposent de voyager seule ou avec des femmes partageant les mêmes aspirations. Des maisons d’édition publient des guides pratiques pour « Voyageuse solo ». Des blogs sont spécialisés dans l’échange de bons plans et conseils pour et entre « backpackeuses » tout comme des groupes sur les réseaux sociaux tel que « We are backpackeuses !«  avec ses 150.000 membres.

Le groupe Facebook Host a sister créé en 2019 compte 750.000 membres en 2025 : « Host a Sister Group is a safe and supportive space centered on womanhood. This group welcomes those who identify as women, as well as non-binary and gender-fluid individuals who connect with and resonate with womanhood. Our goal is to uplift, support, and empower each other in a respectful and inclusive environment. »

Le label « étape voyageuse solo » labellise les communes où des femmes, habitantes de ces communes, accueillent ces voyageuses chez elles, gratuitement, pour 1 à 3 nuits. Un label international « SHe Travel Club » évalue 70 critères pour garantir un meilleur accueil à la clientèle féminine : réception ouverte 24h/24, judas et verrous intérieurs, mise à disposition de protections périodiques, …

Le collectif Échappées, créé après le confinement de 2020, organise des randonnées écoféministes. Ces femmes – anthropologue, musicienne, chercheuse, herboriste – racontent marcher sur les traces de sorcières et de pionnières oubliées, liant féminisme et écologie : « Ce qui nous relie, c’est le féminisme et l’écologie. Nous luttons contre deux dominations croisées, sur les femmes et la nature. »

Et à Marseille?

NomadSister, une plateforme d’hospitalité réservée aux femmes, compte 40.000 membres dans 100 pays en 2025 dont une douzaine de membres sur Marseille.

Elle propose un réseau d’hébergements dédiés aux femmes voyageant seules. Tous les hébergements sont gratuits, les hébergeuses sont bénévoles. L’accueil est prévu pour des courts séjours chez chaque hébergeuse, 1 à 2 nuits idéalement, 4 nuits maximum.

Carte NomadSister Marseille, 2025

Message de l’équipe de NomadSister aux marseillaises : On adorerait avoir plus d’hébergeuses dans cette merveilleuse ville où les 2 fondateurs de Nomadsister se sont rencontrées. 😉 Girls, the world’s yours!

Des dispositifs « safe »

Le système SAFER Plage a été activé pour l’été par la Ville de Marseille en 2025 sur l’ensemble des plages marseillaises. Cette application disponible gratuitement sur les stores permet à toute personne harcelée, victime ou témoin d’une agression sexiste ou sexuelle, de donner l’alerte en activant un bouton d’urgence. Trois options s’offrent alors à elle : je suis gêné·e ou témoin, je suis harcelé·e ou témoin, je suis en danger ou témoin. En deux clics, la personne est géolocalisée par des médiateurs présents au poste de secours de la plage en question, qui interviennent aussitôt.

37 « lieux refuges » ont été créés dans les Bouches-du-Rhône, dont 22 à Marseille. Ces établissements, identifiables par un logo sur leur façade, offrent protection et assistance aux victimes de harcèlement. Ces bâtiments sont gardés par des agents de sécurité formés pour accueillir toute personne en danger et l’accompagner auprès d’un référent habilité et compétent.

Une carte interactive recense tous ces points d’accueil.

Données Marseille en 2025

Membres de Nomad Sister à Marseille en 202512
Lieux refuges à Marseille en 202522
Dispositif Safer plage à MarseilleToutes les plages

Sources

Un enquête menée avec l’aide de la SCIC Les oiseaux de passage.

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