Combien de visiteurs génèrent un million d’euros?

Cette question apparemment simple révèle les limites des méthodes traditionnelles d’évaluation du tourisme. Aujourd’hui, l’impact économique se calcule principalement à partir du « panier moyen » des touristes : ce qu’ils dépensent en hébergement, restauration, transport et activités pendant leur séjour.

L’économie présentielle : une approche plus complète

En 2000, Christophe Terrier, alors responsable des études statistiques au ministère du Tourisme, a proposé avec Laurent Davezies une approche plus globale : l’économie présentielle. Cette méthode mesure l’impact de toutes les personnes physiquement présentes sur un territoire donné, qu’il s’agisse de résidents permanents ou de passage, en comptabilisant non seulement ce qu’elles consomment mais aussi ce qu’elles produisent localement.

Des exemples concrets

Les étudiant·es génèrent bien plus que leurs seules dépenses quotidiennes. L’étude d’impact des universités de l’UDICE prend en compte leur consommation locale, mais aussi leur contribution productive à travers leur travail et leur bénévolat, sans oublier les proches qu’ils font venir (parents, amis). Leur production est plus importante que leur consommation sur place.

Le secteur hospitalier illustre également cette dynamique : selon une étude du CHR de Nice, la moitié des patients hospitalisés venant de l’extérieur du département sont accompagnés par des proches, qui consomment eux aussi sur place.

L’aéroport Marseille-Provence révèle un paradoxe intéressant. Selon son étude sur le projet d’extension, sur ses dix millions de passagers annuels, seulement un tiers viennent séjourner dans la région, tandis que deux tiers l’utilisent pour partir ailleurs. Autrement dit, cet aéroport fait partir deux fois plus de personnes qu’il n’en fait venir, réduisant d’autant l’économie présentielle locale.

Les impacts sociaux et écologiques

Au-delà des retombées économiques se pose désormais la question des impacts de la fréquentation sur le cadre de vie, le dérèglement climatique, la spéculation foncière, la régénération de la population, l’accessibilité tarifaire des destinations et le soin porté aux personnes accueillies dans leur diversité, comme aux personnes accueillantes, notamment celles employées.

Une chose est sure : le secteur touristique doit réduire ses émissions carbones de 40% entre 2018 et 2035. L’ADEME a calculé l‘intensité carbone de différents types de visiteurs en incluant leurs trajets aller-retour, permettant une évaluation plus complète de leur impact environnemental.

Intensité carbone quotidienne des différents types de tourisme. Source Ademe.

Premier état des lieux à Marseille

A partir des données de l’observatoire du tourisme de la Ville de Marseille et des enquêtes de Provence tourisme sur la fréquentation touristique à Marseille et de données sur les autres personnes de passage collectées via les enquêtes de Marseille HospitalitéS, il est possible de réaliser un premier état des lieux sur différentes catégories de personnes de passage à Marseille.

Motif de passage Nombre de
personnes de passage
Impact économique
en millions €
Impact carbone
en TCo2
Croisiéristes2 500 000142,5337 500
Touristes loisirs1 433 348474,7434 294
Touristes États-Unis197 640126,5122 472
Stagiaires formation175 72964,3142 203
Congressistes171 000132,945 619
Étudiant·es temps plein36 805294,4188 810

Ces calculs sont largement améliorables, notamment concernant les données sources qui sont parfois partielles et partiales. Certaines catégories peuvent se recouper comme les touristes américains dont le principal motif est le loisirs. D’autres gagneraient à être affinées grâce à des études locales.

Combien de personnes de passage génèrent un million d’euros ?

Pour générer un million d’euros de retombées économiques à Marseille, il faut accueillir 3 019 touristes de loisirs, ou bien 1 563 touristes américains, ou bien 1 286 congressistes, ou bien 17 544 croisiéristes, ou bien 2 734 stagiaires en formation, ou bien 125 étudiant·es.

Nombre de personnes de passage pour générer un million d’euros de retombées économiques

L’empreinte carbone associée varie tout autant. Pour générer ce million d’euros, il faudra compenser 915 tonnes de CO2 pour les touristes loisirs, 2 187 tonnes pour les Américains, 840 tonnes pour les congressistes, 2 368 tonnes pour les croisiéristes, 709 tonnes pour les stagiaires, ou 641 tonnes pour les étudiants.

Impact carbone des personnes de passage générant un million d’euros de retombées économiques.

Ces flux de visiteurs se traduisent par une présence quotidienne moyenne très différente : seront alors présents chaque jour à Marseille 38 touristes loisirs, ou 21 Américains, ou 19 congressistes, ou 48 croisiéristes, ou 44 stagiaires, ou 92 étudiants.

Motifs de passageNombrePrésence quotidienneImpact carbone TCo2
Croisiéristes17 54448915
Touristes loisirs3 019382 188
Touristes États-Unis1 56321641
Congressistes1 28619840
Stagiaires formation2 734441069
Étudiant·es temps plein12592710

Combien de personnes de passage ont le même impact qu’un·e étudiant·e?

Pour avoir les mêmes retombées économiques qu’un·e étudiant·e inscrit·e à l’année, il faut faire venir à Marseille 10 congressistes, 12 touristes américains, 22 stagiaires en formation, 24 touristes loisirs et 140 croisiéristes.

L’étudiant·e générera 5,1 TCo2, les congressistes 8,6 – les américains 17,5 – les stagiaires formation 5,7 – les touristes loisirs 7,3 et les croisiéristes en escale 18,9

Chaque année l’université d’Aix Marseille accueille 1.900 étudiant·es supplémentaires.

Vers un observatoire des hospitalités marseillaises

Si ces calculs ne disent encore rien de l’impact sur le cadre de vie, la pression foncière, les commerces, l’occupation de l’espace public), sur les conditions de travail ou sur l’accessibilité tarifaire, ces dimensions font l’objet de travaux de recherche et développement de la SCIC Les oiseaux de passage ou de collectifs comme le Collectif des habitants permanents. En revanche, ils tiennent compte de la production et attractivité locale des personnes de passage au delà de leur seule consommation et n’oublient pas la mobilité aller-retour dans l’impact carbone.

Comme le rappelait le sociologue de la quantification Alain Desrosières, quantifier c’est fabriquer du nombre qui va à la fois refléter le monde et le transformer. Les enquêtes de Marseille HospitalitéS, couplées aux travaux de la SCIC Les oiseaux de passage, permettent d’élaborer d’autres manières de quantifier les flux de personnes de passage dans une destination ainsi que leurs impacts. Un observatoire des hospitalités permettrait à Marseille de mieux comprendre qui vient, pourquoi, avec quels effets économiques, sociaux environnementaux, et ainsi d’orienter ses politiques d’accueil vers des hospitalités plus robustes et bénéfiques pour le territoire et les personnes qui y vivent, séjournent et travaillent.

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