Quelles sont ces personnes qui viennent se soigner à Marseille sans y résider ?
Des personnes se délocalisent pour bénéficier de soins dont l’offre n’existe pas sur leur territoire. Pour l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille, AP-HM, elles proviennent majoritairement de la Région PACA et de Corse.
À titre d’exemple, un rapport de l’Assemblée Nationale de 2024 indique qu’en Corse, environ 26 000 patients par an sont transférés sur le continent faute de prise en charge adaptée. Cela signifie que la Corse continue d’être « exportatrice » de patients vers des centres hospitaliers continentaux, notamment l’AP-HM.
L’AP-HM a comptabilisé 130.452 entrées en hospitalisation complète en 2019 avec une augmentation de +1,95% par rapport à 2018.
En 2019, la répartition des origines territoriales des patient·es de l’AP-HM est pour moitié des patients qui viennent de Marseille (54 %), pour un quart des Bouches-du-Rhône hors Marseille (24 % ) et le quart restant hors département, soit environs 26.000 patient·es :
- 7 % du Var
- 4 % du Vaucluse
- 3 % de Corse
- 2 % des Alpes-de-Haute-Provence
- 1 % des Hautes-Alpes
- 4 % hors PACA et Corse

À ne pas confondre : hôtel hospitalier et hébergement des accompagnants
Les hôtels hospitaliers, qu’est-ce que c’est ?
L’hôtel hospitalier ou hébergement temporaire non médicalisé (HTNM) concerne la mise en place par les établissements de santé d’un dispositif d’hébergement avant ou après un séjour hospitalier pour les patients en hospitalisation conventionnelle et ambulatoire, en amont et/ou en aval de leur prise en charge, dont le domicile est éloigné de l’établissement de santé. Il n’a donc pas vocation à accueillir les familles et les proches de ces derniers pendant leur hospitalisation.
27 % des patients hospitalisés auraient pu bénéficier d’un hébergement temporaire non médicalisé, c’est ce qu’a conclu une étude menée en 2014 par l’ARS Ile de France. Un appel à projet national a été lancé par la Direction Général de l’Offre des Soins – DGOS avec pour objectif, la participation à l’expérimentation d’hôtels pour patients. La Haute Autorité de Santé -HAS a défini les conditions et les critères d’éligibilité des patients à ce type d’hébergement.
La généralisation des hébergements temporaires non médicalisés est une déclinaison de la mesure 17 du Ségur de la santé, qui fait suite à un dispositif expérimental mis en œuvre dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2015.
L’expérimentation, qui a débuté en 2017 avec la sélection des pilotes, a duré 3 ans et a concerné une quarantaine d’établissements de santé, publics comme privés : “elle a démontré son utilité à la fois pour les équipes soignantes qui ont pu se concentrer sur leurs missions de soin et pour les patients qui ont pu bénéficier de conditions de prise en charge moins stressantes et moins fatigantes”.
Trois « hôtels hospitaliers » identifiés à Marseille
L’Institut Paoli-Calmettes, impliqué dans la phase expérimentale, et qui propose aujourd’hui à certain·es patient·es dont le domicile est éloigné un hébergement temporaire non médicalisé à proximité de l’hôpital. 27 % des patients de l’Institut proviennent de Marseille, 28 % des Bouches-du-Rhône et 45 % de la région PACA (source).
L’hôpital la Conception a conventionné avec deux hôtels voisins dans le cadre du même dispositif (source).
Quelles sont les solutions pour les personnes accompagnant des malades à Marseille ?
À la fin des années 1980, l’obligation de prévoir un hébergement pour les parents des enfants hospitalisés permet de commencer à structurer une offre socio-sanitaire pour loger les accompagnants de jeunes patients qui viennent de loin.
La charte européenne de l’enfant hospitalisé (Leiden, 1988) indique en effet qu’« un enfant hospitalisé a le droit d’avoir ses parents ou leur substitut auprès de lui, jour et nuit, quel que soit son âge ou son état. On offrira aux parents toutes les facilités matérielles pour y parvenir, sans que cela n’entraîne un supplément financier ou une perte de salaire ».
La qualité des Maisons des Parents est par ailleurs d’avoir été pensée comme un lieu collectif permettant néanmoins de la confidentialité et de l’intimité pour les familles, accompagnées par une équipe qualifiée. Les parents peuvent donc s’y rencontrer et échanger leurs expériences. Par ailleurs, ces Maisons des Parents accueillent les fratries des enfants hospitalisés, leur apportant un soutien inestimable.
L’Abri Parental
Ainsi, à Marseille, une association, l’Abri Parental, se constitue dans les 1990 en réponse au manque d’infrastructures permettant aux parents de séjourner auprès d’un enfant hospitalisé.

C’est à la demande de son fils malade que le fondateur de cette association décide de répondre à ce besoin fondamental et d’aider d’autres familles. Sur son site internet, on peut découvrir que l’association a été soutenue à l’époque par une mobilisation citoyenne et par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Les premières familles ont pu être accueillies dès 1992 dans une des sept chambres aménagées, à proximité de l’Hôpital de la Timone. Le périmètre d’action de l’Abri Parental s’est par la suite élargi aux accompagnants de patients adultes et aux autres hôpitaux de Marseille. Elle a ainsi rénové 18 studios dans l’enceinte de l’Hôpital Nord.
La structure accueille ainsi des parents d’enfants hospitalisés et d’enfants prématurés dont le domicile est éloigné, des proches d’adultes hospitalisés, et de personnes en attente de greffes.
L’association a un engagement solidaire. Loin du tarif d’une nuit d’hôtel classique, les prix proposés sont dégressifs en fonction des revenus, et les nuitées sont attribuées après accord des services hospitaliers. Les chambres meublées vont de 9 à 21€, et les familles peuvent utiliser une cuisine ainsi qu’une buanderie commune.
La Maison Ronald McDonald
Du côté des fondations d’entreprise, Ronald Macdonald développe quant à elle depuis 30 ans des Maisons de parents, au nombre de 10 aujourd’hui en France. À Marseille, via l’association “Soleil au Coeur”, la Maison Ronald McDonald accueille les familles d’enfants hospitalisés à l’hôpital de la Timone-enfants ainsi qu’à l’hôpital de la Conception lorsque celles-ci habitent loin.
Le site de Marseille a ainsi accueilli 6.708 familles depuis 1997, a totalisé 275 séjours en 2024, pour une durée moyenne de 29 jours. Là aussi, les tarifs sont très accessibles, (10€/nuit), et les frais de séjour peuvent être pris en charge en lien avec le service social de l’AP-HM et certaines associations et mutuelles.
D’autres organisations accueillent également les familles à Marseille :
- Un toit pour mes parents, rue Sainte-Baume, dans le 10me à Marseille propose 8 appartements – 6 T2 et 2 T1 – entièrement équipés meublés et indépendants autours de 15€/nuit par personne.
- Les amis de Sainte-Émilie au chemin du Vallon de Toulouse dans le 10me à Marseille propose neuf chambres entre 25 et 36 la nuitée, petit-déjeuner inclus, et espaces communs : sanitaires, salons, buanderie, réfrigérateur.
- L’Association Régionale des Greffés du Cœur, située Avenue de la Capelette dans le 10me à Marseille, propose des studios et T2 équipés dgréssif de 23€ la nuit, avec des espaces partagés : salle commune, buanderie, wifi, TV.
- Des hôtels à proximité des hôpitaux proposent des tarifs préférentiels : réduction de 10% à 20% sur le tarif affiché avec justificatif (voir la liste des hébergements à proximité de l’AP-HM).
Des aides financières existent et peuvent être sollicitées par les parents via les Caisses d’Allocations Familiales, les Caisses d’Assurance Maladie, les Mutuelles, le Département … et plusieurs associations conventionnées avec l’AP-HM, sous couvert du service social, peuvent également soutenir ponctuellement les familles les plus modestes : ARGC, Le fil d’Ariane, Le blé de l’espérance, 1 2 3 Soleil, ….
La coopérative Hôtel du Nord
Enfin, Hôtel du Nord est une coopérative d’hébergements chez l’habitant·e implantée dans les quartiers Nord. Pour les 50 ans de l’hôpital Nord, en juin 2015, l’AP-HM a demandé à la coopérative de créer des circuits de promenade sur-mesure dans le périmètre de l’établissement.
Ce lien avec l’hôpital, les sociétaires ont souhaité le développer d’une autre façon en proposant un réseau de chambres d’hôtes pour les familles des malades suivis à l’Hôpital Nord.
« Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un besoin, explique Agnès Maillard. Nous avons déjà plusieurs fois hébergé des personnes venant visiter un patient ou bien des soignants en stage à l’hôpital Nord. » Dans le voisinage, une demi-douzaine de chambres d’hôtes ont fait le même constat.
« On aimerait être davantage, que des gens nous rejoignent. »
Récit d’accueil chez l’habitant
À l’exception du Campanile et du Bonsaï Hôtel, l’offre hôtelière est inexistante de ce côté-ci des quartiers Nord. Et très peu développée, de toute façon, dans les 15e, 16e, 14e et 13e arrondissements. « La demande est pourtant forte, il faudrait que l’AP-HM pense plus souvent à dire aux familles que nous existons« , constate Louis Duffet.

Le tourisme médical
Ces hospitalisations ne sont pas pour autant comprises dans ce que l’on appelle le tourisme médical. Le tourisme médical concerne les personnes étrangères venant en France pour bénéficier de services médicaux de meilleure qualité et/ou moins chers. Dans le monde, le marché global du tourisme médical est très dynamique. Toutefois, la France — et donc Marseille — semble peu positionnée en termes d’accueil de ces “patients voyageurs”.
Les données sur le tourisme médical à Marseille sont étonnamment peu nombreuses.
Les données publiques récentes (statistiques des hôteliers, fréquentation touristique, nuitées, etc.) concernent surtout le tourisme de loisirs ou d’affaires, et ne distinguent pas — du moins publiquement — la part réellement liée à un séjour médical, ce qui rend difficile une estimation fiable de l’ampleur actuelle du tourisme médical.
Par exemple, les statistiques 2024 de l’office de tourisme de Marseille communiquent sur la répartition des nationalités étrangères mais sans mentionner le motif « soins » ou « santé » des visiteurs.
Alors que dans les années 2000, le gouvernement envisage la possibilité de compenser les déficits des hôpitaux publics en France grâce à une politique d’attractivité dynamique pour les touristes médicaux, aucune donnée ne laisse penser que cela ait été le cas dans le secteur public.

Au début des années 2010, un projet non aboutie de « Pôle Santé Méditerranée » visait la création d’une structure médico-touristique regroupant l’offre des secteurs privé et public de Marseille et Aix-en-Provence avec pour mission d’attirer de riches patients. Ses projections s’appuyaient sur la prévision de près de 20 millions de patients qui pourraient franchir les frontières nationales dès 2015 pour un motif uniquement de soin. L’objectif affiché était de facturer à ces touristes médicaux plus du double du tarif de la sécurité sociale. Les syndicats majoritaires à l’AP-HM ont qualifié ce projet de « dérive cupide » et d’atteinte au principe d’égalité dans le service public : « Les malades du Golfe auront droit à des conditions luxueuses par rapport à ce qui est proposé aux malades provençaux ». Qu’en est-il aujourd’hui à Marseille ?
Le tourisme médical haut de gamme se développe bien à Marseille avec un réseau de cliniques privées qui promeut un service d’accueil et d’accompagnement des malades provenant de l’international. Elsan, leader de l’hospitalisation privée en France propose en effet aux patients provenant de l’international, “un accompagnement sur-mesure avec des prestations médicales de qualité”. Le Groupe Pasteur Mutualité a inaugurée en juin 2025, la Villa M Marseille « où se conjuguent hôtellerie haut de gamme, santé intégrative, sport et bien-être » (lien). Et le Groupe Ribau & Garner médicale Luxury Concierge a une antenne à Marseille « Afin de bénéficier d’un service VIP médical » (lien).
Données résumées
| Entrées annuelles dans les 4 hôpitaux de l’AP-HM | 126.000 |
| Part de patient·es AP-HM hors département | 21% (26.000) |
| Nombre de patient·es corse transféré·es sur le continent chaque année | 26.000 |
| Nombre d’hôpitaux et cliniques à Marseille | 25 |
Sources
- AH-HM : Hébergements à proximité
- Agence régional de santé ARS PACA : Hôtels hospitaliers : des hébergements temporaires non médicalisés
- Rapport de l’Assemblée Nationale visant à la création d’un centre hospitalier universitaire en Corse
- Rapport d’activité de l’AP-HM 2019
- Site ELSAN, leader de l’hospitalisation privée en France
- La Provence, 2015 : Marseille : un réseau de chambres d’hôtes pour l’hôpital Nord
- Liste des hôpitaux et cliniques à Marseille
- projet Le pôle santé Méditerranée de l’AP-HM
- La Marseillaise, 17 août 2012 : Fronde contre les filières sanitaires dans le public
Cette enquête a été réalisée par Carine Delanoë-Vieux, Docteur en design hospitalier, et Jeanne Chiche, designeuse sociale.