Journées « Résister à la xénophobie. Villes sanctuaires et pratiques d’hospitalité »

Nous avons participé aux trois journées « Résister à la xénophobie. Villes sanctuaires et pratiques d’hospitalité » à Marseille les 27, 28 et 29 mai 2026 à l’invitation du Réseau Hospitalité et des chercheur·euses d’Aix-Marseille Université (TELEMMe), des enseignant·es et chercheur·es de l’ENSAM et du réseau thématique MIMED. En attendant leur synthèse de ces journées, voici nos premiers constats et retours sur ces journées.

Affiche
IMVT, image Michel Bellebouche

Ces journées, organisées dans un contexte de durcissement des politiques migratoires et de progression des agendas anti-migrations en Europe comme aux États-Unis, ont permis de dégager un ensemble de conditions et d’exigences pour que l’hospitalité ne se limite pas à une déclaration d’intention ou à une injonction morale. 

Les échanges, croisant regards scientifiques internationaux, témoignages de collectifs en résistance et retours de terrain, nous ont permis au sein du collectif Marseille HospitalitéS d’enrichir les conditions de mise en œuvre de ses principes d’hospitalité.

« Pas sans nous » : assurer la pluralité des personnes concernées. 

Aucune politique d’hospitalité ne peut se construire sans toutes les personnes directement concernées, notamment les personnes racisées, les travailleurs invisibles et les accueillant·es. C’est une condition essentielle de notre proposition d’élargissement du comité des acteurs et actrices de l’hospitalité à Marseille.

« Pas sans moyens » : donner des ressources à la hauteur des ambitions. 

L’hospitalité ne se proclame pas, elle se finance. L’exemple de Brighton en Angleterre a montré comment une ville peut être accueillante grâce à une politique de soutien direct et massif à l’ensemble des acteurs de l’accueil : associatif, institutionnel, religieux, citoyen. 

Cela confirme que l’affectation de 30 % de la taxe de séjour à une politique d’hospitalité donnera aux hôtes individuels et collectifs des capacités concrètes d’agir et les moyens indispensables pour sortir d’un épuisement croissant.

Fresque, image Prosper Wanner
IMVT, image Michel Bellebouche

« Pas sans État de droit » : s’engager dans une résistance quotidienne. 

Aux États-Unis, face à l’ICE qui invente chaque semaine de nouvelles tactiques pour s’assurer qu’il n’existe plus aucun sanctuaire, les Américain·es s’inspirent des luttes pour les droits civiques : photographier, témoigner, plaider, défendre, être présent·es pour les voisins et dans l’espace public. 

En Europe, alors que plusieurs États membres demandent à pouvoir déroger aux droits fondamentaux au nom de la gestion des flux migratoires, la défense du droit est devenue un terrain de résistance à part entière. 

À Marseille, les opérations « place nette XXL » qui stigmatisent et brutalisent les habitant·es des quartiers populaires appellent les mêmes gestes de solidarité et de résistance de la part de chacun·e comme des élu·es locaux..

« Pas sans une nouvelle grammaire » : inventer une nouvelle grammaire de l’accueil. 

Alors que l’on s’apprête à célébrer le centenaire de la création des catégories « touriste » et « migrant », nées au moment même où se consolidaient les États-nations, la pertinence de ces classifications mérite d’être refondées. 

Alors que l’ONU annonce des dizaines de millions de déplacements supplémentaires dans les années à venir, choisis ou subis, liés au dérèglement climatique, ces catégories continuent à structurer la pensée des élu·es, des chercheur·ses, des militant·es et des institutions. Elles restent à refonder pour arrêter de penser en termes de catégories mais bien en termes d’égalité de droits. 

C’est l’enjeu du nouvel observatoire des hospitalité marseillaise que de prendre en compte et en considération la diversité des personnes de passage à Marseille afin de refléter différemment cette réalité.

Musée d’histoire, image Mairie-Aude Salomon
Porte d’Aix, image Virginie Baby-Collin

« Pas sans la Ville » : renforcer la centralité de la municipalité. 

Le croisement réalisé à Villeurbanne par Modus Operandi entre droits fondamentaux et compétences communales met clairement en évidence la place trop souvent sous-estimée des collectivités locales sur ces enjeux : soin, hébergement, éducation, protection. 

La ville a un rôle central dans les politiques d’accueil. Cela confirme notre proposition d’une délégation spécifique à l’hospitalité, rattachée directement au cabinet du maire.

« Pas sans culture de l’hospitalité » : documenter et transmettre les cultures de l’hospitalité. 

L’hospitalité comme « art de transformer l’autre en ami » ne se décrète pas. Ouvrir sa porte, donner confiance, prendre soin de l’hôte supposent des rites, des lieux, des moments, des règles partagées : sans cela, la frontière est fragile entre hospitalité, charité, exploitation et rejet. 

Les acteurs de l’hospitalité ont constitué au fil des luttes un riche patrimoine législatif, syndical, artistique et associatif, qui reste à documenter, protéger et transmettre, y compris les projets inachevés : « le passé est un cimetière de promesses non tenues » (Ricœur). C’est tout l’objet du processus Voix d’hospitalité de notre saison 3.

En conclusion

Ces journées marseillaises nous ont aidé à mieux nommer les conditions d’hospitalités ancrées dans les droits, portées par toutes les personnes concernées, financées à la hauteur des enjeux, et transmises comme une culture vivante plutôt que comme une injonction morale. 

Elles ouvrent sur la suite : l’École des hospitalités de Marseille, l’Observatoire des hospitalités, la délégation municipales aux hospitalités, le comité des acteurs de l’hospitalité, comme le maire s’y est engagé, sans oublier la taxe de séjour hospitalière et les Voix des hospitalités. 

La Fresque des résistances actives

A l’occasion de ces journées, le mercredi 27 mai 2026 nous avons réalisé collectivement une Fresque des résistances actives.

Fresque des résistances actives 2026

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