
Nous étions presque 30 personnes accueillies dans les beaux jardins de Chez Marthe. Café, croissant, pain choco et c’est Véronique Eyraud, directrice du lieu, qui commence à nous raconter… Marthe est un hommage à ma grand-mère, qui avait accueilli toute sa vie des enfants de l’Assistance publique.

“Chez Marthe” est un lieu d’accueil de 1400 m² destiné aux femmes sans domicile, mêlant hébergement, accompagnement social et espaces de vie partagés. Le projet propose une cinquantaine de chambres pour femmes à la rue, mères avec enfants et étudiantes précaires, ainsi que des activités culturelles, un espace de coworking et des services favorisant l’entraide et la reconstruction.
« Nous avons voulu créer un lieu qui ne se contente pas de mettre à l’abri, mais qui permet aux femmes de se reconstruire et de reprendre leur place dans la société. Chez Marthe est un espace de dignité, de mixité et de projection vers l’avenir » Véronique Eyraud.

Cécile Suffren, directrice d’Habitat Alternatif Social nous raconte que le lieu a été préempté par la ville fin 2025. Le bailleur social Batigère doit transformer le site en résidence sociale d’ici un an. En bénéficiant du soutien des acteurs associatifs, des collectivités territoriales et de l’État, le projet repose sur l’occupation temporaire de fonciers vacants pour créer des espaces de vie pérennes et intégrés au tissu urbain.
Objectif : faire de Chez Marthe une solution pérenne en capacité d’être adaptée à d’autres immeubles vacants à Marseille puis ailleurs en France.

Porté par un collectif d’associations (Habitat Alternatif Social, Sister4Good, Les Petites Cantines, JUST) et accompagné par l’incubateur de KEDGE Business School, le site combine centre d’hébergement de 50 chambres, espace de coworking pour entrepreneures et cantine participative à prix libre, ouverte sur le quartier.
« Cette hybridation des fonctions permet d’éviter l’isolement, de recréer du lien social et de favoriser l’autonomie des résidentes » Véronique Eyraud
Pour passer de l’idée à un dispositif viable, l’équipe de Chez Marthe a été accompagnée par l’incubateur de KEDGE. Cet accompagnement a permis de poser un cadre solide : clarifier le modèle économique, sécuriser le montage financier (financements publics et soutiens privés), définir une feuille de route de déploiement et outiller le projet pour dialoguer avec les partenaires institutionnels et financiers.

Les Petites Cantines Marseille
Une Petite Cantine est une cantine de quartier, où les convives s’accueillent et se rencontrent au travers de repas durables, participatifs et à prix libre, pour tisser des relations de qualité et contribuer à la construction d’une société fondée sur la confiance dans le but de lutter contre les phénomènes d’isolement et d’anonymat.
« L’idée, c’est que ce soit un lieu où tout le monde est accueilli de la même manière», explique Diane de Beaudrap, cofondatrice.


Les femmes hébergées peuvent y cuisiner ou simplement partager un repas autour d’une grande table. Il y a 3 ingrédients piliers aux Petites Cantines :
Participatif, on s’y rassemble pour cuisiner, manger un repas ou simplement partager un bon moment !Tout est fait pour (re)créer du lien entre des convives d’origines et de parcours de vie différents, faciliter les échanges et renouer avec un sentiment d’utilité sociale.
Alimentation durable, On y mange bien, avec une alimentation de qualité et durable ! Nous privilégions des productions locales, le circuit court, l’agriculture bio, la diminution des protéines animales, la collecte d’invendus bios, l’achat en vrac.
Prix libre, Chacun règle son repas et son adhésion à prix libre. Cela permet d’accueillir un public très large. Nous communiquons de manière transparente sur le coût d’un repas et sur notre modèle économique.
Un peu d’histoire
La congrégation des sœurs de Notre Dame de la Compassion a été créée en 1843 par le père Jean-François Régis Barthès. Parmi les nombreuses acquisitions il en restait encore en 2025 trois œuvres en France et cinq en Italie.
Sur la base d’une double maison construite en 1785, achetée par les sœurs en 1845 elles ont fait bâtir, en 1850, le bâtiment et la chapelle donnant sur la rue Saint Savournin. Il s’agit d’une étonnante chapelle néo-gothique bleutée et son superbe orgue de 1866, manufacturé par l’un des maitres en la matière, le facteur Théodore Puget.

La chapelle tout comme l’instrument ont été dessiné par l’abbé Joseph Pougnet auquel avaient été confiés, à la même période, l’achèvement et le décor de l’église des Réformés. L’instrument, rare, en parfait état de conservation, avait lors de son inauguration subjugué les amateurs. Il arbore un style gothique flamboyant aux couleurs gris et or, encadrés de colonnettes surmontées d’anges musiciens. Son cœur cache un mécanisme récemment restauré dans les règles de l’art avec une tubulure en carton et des soufflets en peau de chèvre d’Ardèche !
Les hospitalités religieuses
Bien que le temps imparti aux échanges fût court, la richesse des acteurs présents a permis de brosser un portrait inspirant des Hospitalités Religieuses à Marseille. De l’accueil inconditionnel de l’association Marhaban à la reconstruction personnelle proposée par Naïm l’Abri fraternel, chaque structure apporte une réponse concrète à la précarité.
Nous avons pu explorer des solutions de logement innovantes, comme les baux glissants de l’association Loger Marseille Jeunes, en partenariat avec le Secrétariat Social de Marseille ou le soutien aux familles d’exilés porté par Solidarité TOIT. La présence des représentants du Diocèse, des réseaux de solidarité (RESF, Secours Catholique) et des ensembles pastoraux a souligné la force de ce maillage local. Un point d’attention a été porté sur l’avenir du Couvent Levât, dont l’occupation actuelle prendra fin en 2026.


Étaient présents : Frédéric Verdet (Centre Chrétien de Réflexion), Arthur Belo (Diocèse de Marseille), Michelle Bourguignon (Association Solidarité Toit), Prisca Higuera Cornieles (Association Marhaban), Michèle Lacaux & Chantal Coquillon (Association Naim l’Abri Fraternel), Charlotte Pelouse (Le Couvent Levât), Stéphanie Décugis (bénévole petites cantines), Bernadette Matrat (Réseau Hospitalité 13 / RESF), Robert Cristin (Secours Catholique), Christine Ponsin (CADA Jane Panier), Luc Lagabrielle (Centre Notre-Dame du Roucas), Séverine Frison (Observatoire des hébergements d’urgence), les pères Thierry Alfano (Ensemble Pastoral les Sources), Livio Pegoraro (Pastorale des Migrants), le père Jean-Baptiste (Ensemble paroissial St. Antoine-Notre-Dame-Limite) et le père Paul Daniel de (Ensemble Pastoral Saint-Marcel), ainsi que des membres de la coopérative Hôtel du Nord et du collectif Marseille Hospitalités.
Objectifs et perspectives
Le second enjeu de cette visite était d’analyser comment trouver une méthodologie pérenne dans l’occupation de logements vacants en s’inspirant du modèle de « Chez Marthe ». L’idée est de s’affranchir des lourdeurs administratives et des contraintes liées aux établissements recevant du public (ERP) pour occuper (temporairement ou pas) des logement vides qui permettraient à des personnes en situation de fragilité de sortir des mécanismes malsains (115, hôtels de préfecture, pas de stabilité ni de projection pour ces personnes) avec un coût économique très grande pour la Ville.
Une prochaine rencontre, incluant notamment la Ville de Marseille, sera organisée pour approfondir ces pistes de réflexion.
Un récit de Samanta Berardo mis en image par Jeanne Chiche