Visite croisée sur l’accueil des travailleur·euses à Marseille

Le 22 avril le collectif Marseille HospitalitéS s’est retrouvé dans les locaux de l’Association d’Aide aux Jeunes Travailleurs AAJT à deux pas de la gare Saint-Charles. Cette quatrième visite croisée a permis de découvrir et d’échanger sur les conditions d’accueil des personnes qui viennent travailler à Marseille : contrats courts, apprenti·es, étudiant·es salarié·es, saisonnier·es, indépendant·es, artistes, premier emploi.

Un territoire peut se définir par une grande diversité de paramètres, mais en s’y rendant aux heures de travail l’on se rend vite compte qu’il est taillé, fondu, forgé par le travail. Aux heures d’embauche, le territoire s’anime, se charge et se décharge, s’enfume et grouille avant de retrouver un calme relatif avant la pause méridienne et son ballet de buffets à volonté ou sur le pouce. Puis, la sortie des écoles refait vibrer les moteurs, les cœurs et les trottinettes.

Mais alors, si le territoire est, de fait, modelé par le travail, est-il accueillant pour ses travailleureuses ? 

Dessin Jeanne Chiche 2025

« Les travailleur·euses indépendant·es, dont beaucoup sont arrivé·es après le covid,avaient peu de problème pour se loger. C’était généralement des personnes ayant quitté leur emploi à Paris et iels avaient des moyens ou logeaient chez des amis le temps de trouver un appartement », nous indique Bruno de Social Déclik, une association fédérant 500 indépendant·es de la région Sud.

Pour ces personnes, issues de la communication, du marketing, globalement du secteur des services, l’enjeu est plutôt de se constituer un réseau et, en cela, Marseille regorge de propositions. Reste la capacité à s’adapter à une ville en tout point singulière. 

Célia et Alycia de l’AAJT
Sébastien de l’AJJT.
Cécile de l’AAJT

L’AAJT est né en 1954 suite à l’appel de l’Abbé Pierre. Il s’agissait au début d’ouvrir des foyers de jeunes travailleurs pour faire face à l’exode rural. L’AAJT a depuis diversifié ses activités : Maison d’enfance à caractère social, accueil d’urgence, demandeurs d’asile, logis des jeunes. Elle propose 770 places en tout à Marseille et à Vitrolles. L’Escale à Saint-Charles propose 120 places dans des chambres individuelles avec salle de bain ainsi qu’une salle de spectacle de 100 places, un réfectoire ouvert aux extérieurs le midi, une cuisine collective et une salle de convivialité avec une animatrice dédiée.

Dessin Jeanne Chiche 2025

Pour d’autres travailleureuses, plus précaires, du BTP, de la restauration ou de la logistique, l’équation est moins simple.

« Il y a clairement un manque de logement social sur le territoire. Il y a 2 ans d’attente à Vitrolles, 5 ans à Marseille ! » nous précise Sébastien de l’association d’aide aux jeunes travailleurs à Vitrolles.

Les résidences sociales AAJT sont des logements temporaires et le jeune doit en être conscient.

« On l’accompagne dès le début dans sa recherche d’un logement pérenne. La durée max est de 2 ans mais il y a tellement peu de possibilités à Marseille et Vitrolles que souvent les jeunes doivent rester plus longtemps » nous raconte Cécile de l’AAJT.

Dessin Jeanne Chiche 2025

La classe d’âge est de 16-30 ans avec ⅔ de garçons et ⅓ de filles. Ces jeunes, issus majoritairement de l’Aide Sociale à l’Enfance, ont besoin d’un accompagnement global qu’ils peuvent trouver à l’AAJT.

« Ce que l’on entend sur BFM est de la foutaise ! Les jeunes que l’on accompagne en veulent, ils sont respectueux et bosseurs. Des belles histoires on en aurait 100 à raconter si on en avait le temps ! »

Les parcours des étrangers sont bien plus difficiles notamment car ils subissent les dysfonctionnements des préfectures qui les mettent souvent en grande difficulté en les éloignant de leurs emplois mais aussi des structures d’accueil telle que l’AAJT. Cela ruine des mois de travail à cause de simples écueils administratifs.

Le dispositif d’intermédiation locative vise à mettre les propriétaires en confiance et concerne des jeunes stables et en insertion professionnelle. Il se décline en 2 modalités : les baux glissants et les baux accompagnés. Il concernait 25 baux de l’AAJT et 50 baux hérités d’une association autre. Aujourd’hui, le dispositif est totalement arrêté en raison de la suppression du financement de la Ville et de la Région. L’équipe est en attente de savoir si la métropole prendra le relais.

Les Apprentis d’Auteuil a été créé par l’Abbé Roussel au XIXe sciècle.

Il y a 99 logements pour 117 jeunes à Marseille. Les jeunes sont logés dans des studios de 15 m² et des T2 de 30m² pour les familles isolées. Ici aussi la durée max est théoriquement de 2 ans mais le contexte amène les jeunes à y rester plus longtemps.

Les jeunes accueillis sont principalement des mineurs non accompagnés devenus adultes. La condition est qu’ils soient régularisés sur le territoire.

Mais certains d’entre eux se retrouvent temporairement irréguliers en raison des retards de la Préfecture et Inés témoigne que “c’est la galère sur tous les sujets”.

Inés des Apprentis d’Auteuil.
Melio de Travailleureuses de l´art13
Romain des Ateliers Icare.

Mettre tout cela en récit pourrait être un projet d’artiste, encore faudrait-il que les artistes soient considérés par le territoire ! « Avec leur 1500€ de revenus annuels médians la plupart sont au RSA et la récente réforme n’arrange rien ».

Comment se loger lorsque l’on est au RSA ? « On se sent inutile dans la société car on est là où l’on souhaite bien que l’on soit. C’est-à-dire dans le cadre d’un appel à projets étriqué ou dans une friche industrielle pour quelques mois, ce n’est pas du tout confortable » témoigne Melio, artiste plasticien membre du collectif des travailleureuses de l’ART13 né en 2022 pendant la lutte contre la dernière réforme des retraites.

Quelle place laisse le territoire à l’art et à sa création ? Est-ce que 17 ateliers municipaux suffisent pour Marseille ? Est-ce que des résidences de 2 mois permettent une médiation de qualité ? Une création de qualité ? Ou simplement de remplir des cases d’objectifs fixés dans des bureaux ministériels lointains ?

Être artiste est un choix de vie et peu de personnes peuvent se le permettre. « Cela pose la question de la représentativité de l’art lorsque seule la classe bourgeoise peut y accéder ». 

Loin de faire le tour de la question, cet article est issu de la visite croisée réalisée par le collectif Marseille HospitalitéS à l’AAJT de Marseille le 22 avril 2025. Si vous avez des remarques, des commentaires ou des données à nous partager sur ce thème, n’hésitez pas à nous contacter via mail.

Ressources

  • Fastt plateforme de soutien des salarié-es intérimaires
  • AL’in plateforme d’offres de logement d’Action Logement

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