Quelle place pour le soin dans l’accueil?

Cette année, la commission psychiatrie et éthique des hôpitaux de Marseille a choisi comme thème pour son huitième colloque annuel « Un enjeu éthique : l’ouverture et psychiatrie » organisé le 24 janvier à l’hôpital de La Timone. Carine et Prosper ont partagé un premier état des lieux des liens entre soin et accueil lors de leur intervention « Des hôpitaux accueillants, des villes hospitalières».

Comment soutenir le déploiement d’une communauté d’hospitalité ouverte entre les habitants, les hospitaliers et les usagers de la psychiatrie pour favoriser la santé mentale, réduire les risques de décompensation, soutenir la réhabilitation psychosociale et lutter contre la stigmatisation ?

Pour répondre à ce questionnement, deux hypothèses ont été discutées :

La qualité d’accueil des hôpitaux psychiatriques incarnée dans ses système matériels et organisationnels augmenterait leur capacité à ressourcer les personnes en souffrance psychique en appui à leur rétablissement, à favoriser l’accès aux soins en dé-stigmatisant les lieux d’accueil et à soutenir la réhabilitation psychosociale en s’ouvrant sur la cité mais elle participerait aussi à la qualité de vie au travail des soignants.

Une ville pratiquant une communauté d’hospitalité de manière non discriminée pour toutes les personnes arrivantes (étudiants, travailleurs, migrants, sans logement…) contribuerait à une dynamique de santé publique pour la population dans une perspective de prévention en santé mentale ? 

Pour répondre à ces deux hypothèses, plusieurs constats ont été partagé sur l’état des lieux des conditions d’hospitalité aux personnes accueillies à Marseille et dans les établissements hospitaliers :

Le premier constat partagé est celui d’une grande porosité, subie ou choisie, entre les différents modes d’accueil social et touristique.

Les hôtels restent un lieu majeur de l’accueil d’urgence et des établissements touristiques ont accueilli de nombreuses mises à l’abri durant le confinement comme après les effondrements de la rue d’Aubagne. Et des chambres d’hôtes comme des hôteliers à Marseille conventionnement avec des hôpitaux dans le cadre du programme Hôpital hospitalier. Certains font même de l’accueil social leur principale activité. Mais faute d’une vision et d’une politique globale d’accueil, la croissance touristique tend à aggraver les inégalités des conditions d’accueil notamment pour les plus précaires.

Datalab : En 2019, les dispositifs d’État comptent un peu plus de 154 000 places pour l’hébergement d’urgence et de réinsertion, à destination des personnes sans domicile ou en difficulté sociale.

18,6 millions de nuitées en hôtel sont mobilisées, ce qui représente 51 000 places annuelles.

Ces dispositifs sont en expansion et le nombre total de places d’accueil a progressé de 64 % en six ans tandis que celui des nuitées a doublé.

DataLab, 2019

Le second constat concerne le déménagement comme source d’importants stress et angoisse au même titre que le congédiement et le décès d’un proche.

Différentes études démontrent que les déménagements peuvent avoir des conséquences significatives sur la santé mentale, notamment en période de transitions majeures dans la vie. Ce constat s’aggrave fortement lorsque ces déménagements sont imposées par des situations de crise économique, écologique et politique ou par la pauvreté et l’exclusion sociale. Ce stress lié à la mobilité touche parfois même pour les touristes (syndrome de l’Inde). Dès lors, la pratique de l’hospitalité dans tous les secteurs de l’accueil est indispensable.

Le troisième constat est que le dispositif touristique amène à privilégier le confort sur le réconfort.

Le classement touristique valorise le niveau de confort, c’est à dire d’équipement, de service, de propreté et d’espace privatif. Cette logique amène à déclasser d’autres formes d’accueil qui privilégient le réconfort avec des espaces communs, du contributif, de la sobriété, une relation humaine et le collectif : auberges de jeunesse, chambre chez l’habitant, accueil paysan, restaurant solidaire, Wwoofing, couchsurfing, échange de maisons, donativo. Cette approche du réconfort dans les aménagements hospitaliers est aussi à l’ordre du jour comme l’illustrent les travaux autour de l’espace d’apaisement, notamment à l’hôpital Valvert.

Montage sonore sur deux hospitalités proposées à Marseille aux personnes de passage dont le témoignage de Florent extrait de l’émission de France Culture Marseille, Tu me fends le cœur de ville et de Bruno, hôte de la coopérative Hôtel du Nord, qui propose l’hospitalité dans le cadre d’une coopération avec l’Hôpital Nord.

Le quatrième est l’émergence possible d’une poétique hospitalière en explorant le vécu et les perceptions des personnes accueilles.

En explorant le vécu et les perceptions des personnes accueilles, les patients et de leurs proches dans le cas de l’hôpital et en les associant de manière active, il est possible de renouveler la façon d’écrire les cahiers des charges et favoriser l’émergence d’une poétique hospitalière, prenant en compte les dimensions sensibles et émotionnelles de la relation entre les gens et les milieux. Il existe d’ores et déjà de nombreuses initiatives hospitalières allant dans ce sens dont il serait possible de s’inspirer. Parmi elles, des expériences déployées par des hospitaliers en lien avec des artistes et des designers ont été présentées.

En conclusion, nous avons argumenté sur l’enjeu de décloisonner les catégories des personnes accueillies et accueillantes dans le cadre des politiques d’accueil à l’échelle d’un hôpital comme d’une ville, pensé comme un continuum de prise en soin de la santé mentale des habitants. Nous pensons en effet que l’accueil est un soin, pour les personnes accueillies comme accueillantes, et qu’il doit être reconnu comme tel.

Les différentes interventions de cette journée seront regroupées afin de donner lieu à une publication. Un grand merci à l’espace éthique Méditerranée pour son hospitalité !

Sources :

Une enquête menée avec l’aide de l’universitaire Carine Delanoë-Vieux et de la SCIC Les oiseaux de passage.

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