Quels accueils des étudiants internationaux ?

En 2026, étudier à l’étranger fait partie intégrante de l’enseignement supérieur. Pourtant, derrière l’expression “partir étudier à l’étranger” se cachent deux réalités administratives inégales : celle des étudiants Erasmus+ et celle des étudiants extra-européens et hors programme dits “free movers”. Si tous partagent une ambition académique et interculturelle, leurs droits et conditions d’intégration sont très différents.

Source Campus France

La libre circulation constitue l’un des principes fondateurs, inscrit à l’article 21 du Traité de l’Union Européenne, qui garantit aux citoyens européens le droit de circuler et de séjourner librement dans les États membres. En revanche, cette liberté est conditionnée par la nationalité et par les politiques migratoires nationales lorsqu’il s’agit d’étudiants extra-européens.

En France, en termes de mobilité internationale, elle se classe 4ᵉ au rang mondial et accueille environ 400 000 étudiants par an, dont 13 % en région PACA, d’après Campus France.

© Photos : Ryan Layechi – Ville de Marseille

Pour réaliser ce travail d’enquête, nous nous sommes rendues au Conseil Marseillais de la vie étudiante (CMVE), organisé par la ville, qui traite de la condition de vie des étudiants internationaux, où nous avons pu mener des entretiens avec des étudiants et des acteurs institutionnels.

Le programme Erasmus : un Privilège européen

Lors de sa création en 1987, le programme Erasmus comptait 11 pays participants. Son objectif était de renforcer le sentiment d’appartenance à l’Union européenne et de favoriser les échanges universitaires entre étudiants européens. En 2014, le programme élargit son champ d’action à 33 pays et devient Erasmus+.

Le fonctionnement d’Erasmus repose sur une organisation centralisée et simplifiée. L’étudiant candidate auprès de son université d’origine dans le cadre d’une procédure interne.

Une fois sélectionné, il n’a pas à payer de frais d’inscription supplémentaires dans l’université d’accueil.

Il bénéficie aussi d’une bourse financée par l’Union européenne, destinée à couvrir une partie des dépenses liées à la mobilité, telles que le logement ou le transport.

Erasmus a également mis en place le “Learning Agreement”, un contrat pédagogique à remplir au départ et à faire signer à la fin de la mobilité par l’étudiant, l’université d’origine et l’université d’accueil afin garantir la reconnaissance des crédits obtenus à l’étranger.

Par ailleurs, les étudiants bénéficient d’un privilège européen : une liberté de circulation qui  réduit les démarches administratives, les coûts et le stress liés à l’installation dans un autre pays.

Concrètement, les étudiants européens n’ont pas besoin de visa pour étudier dans un autre pays de l’Union.

Source Commission européenne

De plus, avec leur Carte européenne d’assurance maladie, ils sont soignés automatiquement sans avoir besoin de faire des démarches ou payer des frais supplémentaires dans le pays d’accueil. Enfin, Erasmus simplifie l’installation des étudiants grâce à des places réservées en résidence universitaire, et facilite leur intégration avec des associations comme l’ESN (Erasmus Student Network) qui organise des activités et encourage les échanges interculturels.

Les obstacles du parcours hors Erasmus : du départ à l’arrivée

Au sein de l’académie d’Aix-Marseille, on recense environ 12 700 étudiants internationaux. Les principaux pays d’origine sont le Maroc (12 %), l’Algérie (9 %), la Chine (7 %), puis l’Italie et le Sénégal (environ 5 % chacun). Cette répartition s’explique par les liens historiques et linguistiques avec la France, la proximité géographique pour certains pays, ainsi que par les politiques d’attractivité de l’enseignement supérieur français.

Dessin étudiant·es IMVT et citations d’étudiants du CMVE 2026

Dans le cadre de la démarche candidature directe, l’étudiant doit convaincre l’université d’accueil à travers un dossier souvent exigeant.

Il doit passer des tests de langue coûteux comme le TOEFL ou le DELF. Pour les étudiants hors-Erasmus issus de pays extra-européens, l’entrée en France repose sur une procédure administrative obligatoire encadrée par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA).

Cette procédure comprend l’admission via « Études en France » avec Campus France, suivie de la demande de visa auprès du consulat. Il impose de justifier de ressources financières minimales (environ 615 € par mois).

Source CMVE 2025

La démarche liée au titre de séjour est longue et doit se préparer préalablement au départ, générant un stress important pouvant entraîner des retards à la rentrée universitaire et perturber le parcours académique.

Il convient également de noter qu’à l’exception de l’Algérie, qui bénéficie d’un régime spécifique hérité de l’histoire coloniale, tous les autres étudiants internationaux suivent la même procédure administrative et de visa. À cela s’ajoutent des difficultés financières.

À partir de 2025-2026, Aix-Marseille Université supprime l’exonération totale des frais pour les étudiants extra-communautaires. Ces derniers doivent désormais payer 25 % des frais d’inscription. Cette hausse représente un obstacle important pour des étudiants déjà en situation de vulnérabilité. Ces mesures sont critiquées par les associations, qui dénoncent une inégalité de traitement. L’université AMU, de son côté, justifie cette décision par des contraintes réglementaires.

Cinq démarches à l’arrivée en France

En plus des formalités administratives à anticiper, l’installation en France constitue un véritable défi, notamment lorsque la barrière linguistique s’ajoute aux obstacles initiaux. Cette réalité impose une autonomie immédiate, tant sur le plan social qu’administratif.

Source CMVE 2025

Pour de nombreux étudiants, la direction des relations internationales d’Aix-Marseille prend le relais à l’arrivée des étudiants sur les campus. 

Elle déploie des dispositifs d’accueil comme le Welcome Desk pour accompagner les étudiants dans leurs démarches administratives : inscription universitaire, ouverture des droits à la sécurité sociale, aides au logement (CAF, CROUS) ou encore création d’un compte bancaire. Cet accompagnement se poursuit tout au long de l’année grâce à un suivi personnalisé pour certains profils, une orientation vers des cours de Français Langue Étrangère (FLE) et la promotion de dispositifs favorisant l’intégration sociale.

Un parcours peu hospitalier

A la lumière de nos enquêtes de terrain et des différents rapports du CMVE, trois problématiques principales émergent chez les étudiants internationaux arrivant sur le territoire.

Les démarches administratives

Une fois en France, le visa long séjour valant titre de séjour (VLS-TS) doit impérativement être validé. Cette procédure implique le paiement d’une taxe ainsi que l’affiliation obligatoire à la sécurité sociale française.

Si ces démarches ne sont pas réalisées dans les délais, les conséquences peuvent être lourdes : situation d’irrégularité administrative, difficultés à travailler ou à voyager, voire suspension de certains droits sociaux. À Aix-Marseille, la Direction des Relations Internationales (DRI) d’Aix-Marseille Université prend le relais dès l’arrivée des étudiants afin d’accompagner ces formalités. Cet appui institutionnel contribue à limiter les risques administratifs et à sécuriser leur installation.

La fragilité économique

Au-delà des démarches administratives, de nombreux étudiants font face à une fragilité économique et sociale. La difficulté à subvenir aux besoins de base (budget restreint, dépenses imprévues, frais d’installation) peut rapidement conduire à une situation de précarité alimentaire.

À cela s’ajoute parfois un isolement social marqué, lié à l’absence de réseau, à la barrière de la langue ou au décalage culturel. Les conséquences ne sont pas uniquement matérielles : malnutrition, stress, troubles psychologiques, voire décrochage académique peuvent en découler.

Face à ces réalités, l’association Cop1 de solidarité étudiante peut jouer un rôle essentiel. Elle permet aux étudiants d’accéder à une aide alimentaire, mais également à des produits d’hygiène et à des vêtements.

Les distributions deviennent ainsi des moments d’échange et de sociabilité, contribuant à lutter simultanément contre la précarité et l’isolement.


Le logement

À Marseille, le marché locatif est particulièrement tendu. Les étudiants extra-européens doivent souvent rechercher un hébergement en parallèle de la validation de leur titre de séjour, ce qui complexifie davantage leur arrivée.

Les étudiants internationaux représentent environ 22 % des effectifs hébergés par le CROUS d’Aix-Marseille Avignon.

Toutefois, les mobilités individuelles — hors programmes encadrés — accèdent principalement aux logements restants après les affectations prioritaires. À l’inverse, les étudiants en mobilité institutionnelle bénéficient d’une anticipation via les universités partenaires.

Faute de place en résidence universitaire, de nombreux étudiants hors-Erasmus se tournent vers le marché privé. Ils se heurtent alors à plusieurs obstacles majeurs : exigence d’un garant domicilié en France, versement d’une caution, signature rapide d’un bail.

Dessin étudiant·es IMVT et citations d’étudiants du CMVE 2026

Les conséquences sont immédiates : stress à l’arrivée, recours à des solutions provisoires et impact significatif sur le budget. Le CROUS intervient également pour faciliter l’accès au logement universitaire. Il attribue des bourses aux étudiants éligibles et permet l’accès à des repas à tarif réduit, constituant ainsi un soutien structurant dans les premiers mois d’installation.

Accueillir ne signifie pas uniquement loger

À ce titre, l’accueil ne peut se limiter à la seule question du logement. Il doit être pensé comme un véritable processus d’intégration. Accueillir ne signifie pas uniquement loger : il s’agit d’informer de manière claire, de permettre l’expression des difficultés et de garantir un accompagnement adapté.

Cela implique également de faciliter la mobilité quotidienne, l’accès aux transports, ainsi qu’aux services administratifs et sociaux. Autrement dit, créer les conditions d’une installation stable, sécurisée et apaisée, afin de réduire le stress inhérent à l’arrivée dans un nouveau pays.

Un kit d’arrivée : Dans cette perspective, nous avons assisté, lors de la journée du CMVE, à la présentation d’un dispositif imaginé par des étudiants de l’Ecole supérieur de design de Marseille à destination des nouveaux étudiants étrangers arrivant sur le territoire métropolitain d’Aix-Marseille.

L’outil prendrait la forme d’un « kit d’arrivée », récupérable dans un casier sécurisé grâce à un code personnel. Ce kit comprendrait notamment des timbres et cartes postales, un ticket navette vers le centre-ville, trois tickets de métro, un chargeur aux normes européennes ainsi qu’une carte SIM prépayée.

Au-delà de l’aspect matériel, ce dispositif donnerait tout son sens à l’étape d’information. Il constituerait un premier support de communication, favorisant la compréhension des démarches à effectuer et facilitant l’appropriation du territoire dès les premiers jours.

Welcome kit de l’université de Lauraine

Voix pour améliorer la vie étudiante

Radio Grenouille a tendu ses micros aux membres du Conseil marseillais de la vie étudiante, une instance créée par la Ville de Marseille pour donner toute leur place aux étudiantes et étudiants dans la vie démocratique locale.

À travers ces enregistrements, on découvre leurs voix, leurs idées et leurs propositions pour améliorer la vie étudiante à Marseille.

Ces émissions offrent un aperçu de la vitalité et de la diversité des réflexions étudiantes : logement, culture, santé, mobilité, engagement associatif… autant de sujets qui façonnent le quotidien et l’avenir de la jeunesse marseillaise.

Cette série de podcasts réalisés par des étudiants porte sur l’accueil des étudiants internationaux et la santé des femmes.

Conclusion : pourtant, la mobilité étudiante est essentielle

Ainsi, la différence d’accueil ne réside pas dans la motivation ou le mérite des étudiants, mais dans leur statut administratif et leur nationalité. L’égalité d’accès à la mobilité internationale dépend aujourd’hui davantage du passeport que du projet d’études.

Cette situation s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large marqué par un durcissement des politiques migratoires étudiantes dans plusieurs pays comme les États-Unis ou le Canada, où des quotas et restrictions ont été renforcés ces dernières années. En France, le discours officiel porté par le plan « Bienvenue en France » énoncé par Edouard Philippe en 2018 affiche une volonté d’ouverture internationale. Pourtant, la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-européens, la réduction progressive de certaines aides sociales comme l’APL à partir de 2026, traduisent un paradoxe : attirer, mais en sélectionnant davantage par les ressources économiques.

Pourtant, la mobilité étudiante est essentielle. Elle permet des échanges culturels, le partage des connaissances et une plus grande mixité dans les universités. Il est donc important de garantir un accueil plus juste, pour que cette expérience ne soit pas réservée aux plus favorisés mais reste accessible au plus grand nombre.

Sources

Une enquête de Yasmine Benrabah, Alice Bouissière, Lena Isnard et Anais Rivetti en deuxième année du master Transition et planification à l’IMVT – Institut méditerranéen de la ville et des territoires.

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