Qui offre l’hospitalité à Marseille ?

À Marseille, la principale hospitalité est offerte, généreuse, humaine et fait vivre la ville et son économie : ce sont les marseillais·es.

En France, plus de la moitié des personnes en voyage dorment hors du marché. Ces hospitalités échappent à la taxe de séjour, aux politiques publiques et souvent aux statistiques. Le collectif Marseille HospitalitéS a déjà enquêté sur plusieurs facettes de cet accueil dit non marchand : les échanges d’hébergements, l’hospitalité pacifiste du réseau Servas, l’accueil des voyageuses seules, l’accueil social et solidaire et la villégiature marseillaise. Ce texte rassemble ces enquêtes et les met en regard des données nationales et locales disponibles.

Et les résultats peuvent surprendre. Les marseillais·es accueillent deux fois plus de personnes que les hôtels. Pour une personne qui dort dans un Airbnb, cinq sont invitées chez des marseillais·es. Quand les hôteliers facturent quatre nuitées, les marseillais·es en offrent dix. Et pour autant, cette hospitalité apparait à peine dans les statistiques et reste absente des politiques publiques.

personne
Type d’accueilPersonnes accueillies
Non-marchand1 985 294
Hôtel1 032 000
Location touristique508 605
Autres (B&B, ..)300 304

L’accueil chez les marseillais·es, majoritaire dans le tourisme

Extrait compte-rendu dessiné Julia David. Rencontre Marseille : Accueil chez l’habitant·e au delà de AirBnB

Les données de téléphonie mobile commencent à compter les nuitées non marchandes. La solution Flux Vision Tourisme d’Orange, développée avec Provence Tourisme en 2013 pour Marseille capitale européenne de la culture, compte toutes les personnes présentes sur un territoire, quel que soit leur hébergement. Ces chiffres intègrent l’hébergement marchand comme non-marchand. L’étude 2025 de Provence tourisme, basée sur cette solution, concernant Marseille intègre ainsi le non-marchand, une nouveauté.

Marseille accueille 3,9 millions de touristes pour 16,3 millions de nuitées. Le non marchand représente à Marseille 51,4 % des séjours et 62,5 % des nuitées, plus que dans l’ensemble des Bouches-du-Rhône (56,1 % des nuitées). L’hôtellerie, premier mode marchand, pèse trois fois moins avec 17,2 % des nuitées (Provence Tourisme, 2025).

L’étude de Provence Tourisme raconte l’importance et la place de la population dans l’accueil des personnes de passage. La visite à des proches est d’ailleurs le motif d’un quart des séjours.

Les français·es qui partent en vacances ou en week-end dans leur résidence secondaire y restent en moyenne 8,6 nuits. Ce chiffre reste très stable : 8,5 nuits en 2015 et en 2016 (Mémento du tourisme 2018). Concernant l’accueil des proches, les études existantes, principalement australiennes et néo-zélandaises, constatent que les habitant·es reçoivent en moyenne des ami·es ou de la famille six fois par an et les étudiant·es deux fois par an.

À Marseille, si un séjour non-marchand dure en moyenne 5,1 jours, contre 3,3 jours en hébergement marchand, il peut varier de 9,1 jours pour les visiteurs algériens, un peu plus d’une nuit sur Couchsurfing et environ 6 nuits pour l’échange de logement avec Homeexchange.

Hébergements non marchands en FrancePart des voyagesPart des nuitéesDurée moyenne
Familles66,8 %58,9 %4,1 nuits
Résidences secondaires14,2 %26,4 %8,6 nuits
Amis16,3 %11,9 %3,4 nuits
Autres (réseaux pair à pair, …)2,7 %2,8 %–

L’étude de Provence tourisme ne compte par les visiteurs venus du reste du département et écarte certaines personnes de passage des données téléphoniques : philippins, habituellement présents, …. Alors que selon les études australiennes, on rend d’abord visite à celles et ceux qui vivent près de chez soi. En Australie, sept visites à des proches sur dix restent à l’intérieur d’un même État, l’équivalent de nos régions. L’accueil non marchand reste de fait sous-estimé et à documenter.

Des personnes de passage invité·es

En 2019, les résident·es choisissaient une fois et demie plus souvent un hébergement non marchand qu’un hébergement marchand pour leurs séjours personnels en France. Les trois quarts de ces nuits se passaient chez des proches (INSEE, 2022 ; GIS Études touristiques).

En 2024, les résident·es de France métropolitaine ont passé plus d’un milliard de nuits hors de chez eux pour motif personnel. Plus de la moitié de ces nuitées ont eu lieu en hébergement non marchand (54 %), soit environ 400 millions de nuits (INSEE, 2025).

Les séjours chez la famille et les ami·es comptent pour 83 % des voyages en hébergement non marchand des français·es et 71 % des nuitées non marchandes selon l’enquête nationale de suivi de la demande touristique (Mémento du tourisme, DGE, 2018).

Les algérien·nes, premier visiteurs étrangers, séjournent en famille

En 2024, les Algériens sont la première clientèle touristique étrangère de Marseille avec 1,5 million de nuitées, soit un quart des nuitées internationales (24%), en hausse de 55 %. Pourtant, ils ne représentent que 0,7 % des nuitées hôtelières (Office du tourisme Marseille).

Contrairement aux discours touristiques qui présentent volontiers les touristes étrangers comme principalement des clients de l’hébergement marchand, la quasi-totalité des séjours des algérien·nes se déroulent hors de l’hôtel. Si en Île-de-France 17 % des séjours internationaux se font en non marchand, pour les visiteurs maghrébins, c’est l’inverse. En 2017, 53,5 % de leurs séjours se faisaient en hébergement non marchand, d’abord chez des parents (30 %) ou des amis (14 %). Ils restaient 7,8 nuits en moyenne et 85 % étaient déjà venus (CRT Paris Île-de-France, 2018).

À Marseille aussi, les séjours des algérien·nes sont parmi les plus longs : 9,1 jours en moyenne (Provence Tourisme, 2025). Ces chiffres suggèrent un tourisme de visite aux proches, fidèle et durable, que les stratégies touristiques ignorent.

Des réseaux d’hôtes présents à Marseille

Ces réseaux d’accueil sont souvent thématiques : les pacifistes voyagent avec Servas, les cyclistes avec Warmshower, les jeunes avec couchsurfing, les voyageuses avec NomadSister et les réfugié·es sont mis·es à l’abri avec J’accueille.

Les enquêtes du collectif Marseille HospitalitéS permettent de prendre la mesure partielle de ces réseaux d’accueil non marchands à Marseille (Lire notre enquête). L’échange de logements est le plus visible. Entre avril et septembre 2025, les membres HomeExchange ont réalisé 3 539 échanges à Marseille, pour 52 849 nuitée (lire notre enquête).

Le réseau coopératif d’hébergement chez l’habitant·e Hôtel du Nord a fait un bilan des personnes accueillies sur 2024 dans les 23 hébergements (lire notre enquête). Une nuitée sur cinq est non-marchande : accueil de proches, accueil solidaire, réseaux d’hôtes.

A Marseille, le Réseau Hospitalité réunit des hébergeurs solidaires qui accueillent chez eux des mises à l’abri et des réfugié·es. Le dispositif J’accueille de l’association Singa organise l’hébergement citoyen de personnes réfugiées chez des particuliers (Lire notre enquête). Cet accueil solidaire n’apparaît dans aucune statistique touristique.

La définition du non marchand retenue par Provence Tourisme comprend l’hébergement chez des parents ou des amis, les résidences secondaires et l’échange d’appartement ou de maison (Provence Tourisme, 2025). Mais un voyageur logé par un hôte Couchsurfing, Servas ou NomadSister n’est ni un proche, ni un échangiste : on ne sait pas dans quelle catégorie ces séjours sont comptés, ni s’ils le sont.

RéseauPrésence à Marseille (2025)Accueil proposé
HomeExchange2 633 membresÉchange de logement, 6 nuits en moyenne
Couchsurfing27 420 membres, dont 426 vérifiésHébergement gratuit chez l’habitant·e
ServasUne vingtaine d’hôtes1 à 2 nuits, repas ou promenade partagés
NomadSisterUne douzaine d’hébergeusesFemmes voyageant seules, 1 à 4 nuits

L’accueil en villégiature, une hospitalité ancienne

En France, les résidences secondaires représentent 70 % des lits touristiques et un logement sur dix, soit 3,7 millions de logements. Un quart serait loué sur les plateformes de location courte durée et les autres sont des maisons de famille, des pieds-à-terre ou des lieux de ralliement familial.

A l’échelle nationale, la résidence secondaire représente dans le tourisme non marchand un voyage sur sept. Elle pèse pour un quart des nuitées, car on y reste deux fois plus longtemps : 8,6 nuits en moyenne, contre 4,1 chez la famille et 3,4 chez des ami·es.

À Marseille, ce poids des résidences secondaires est à relativiser. Bien que Marseille soit historiquement une ville de la villégiature avec ses bastides et ses cabanons et que leur nombre a presque doublé entre 2010 et 2021, passant de 7 705 à 15 210 logements, elles représentent 4,2 % du parc, contre 17,7 % dans la région. L’hospitalité gratuite y repose donc encore davantage qu’ailleurs sur l’accueil des habitant·es chez eux.

Les résidences secondaires se concentrent dans les 7e et 8e arrondissements, et plus des deux tiers de leurs propriétaires vivent dans la région (lire notre enquête). La multiplication des résidences secondaires concurrence dans certains quartiers le logement des habitant·es permanent·es. Depuis 2025, la Ville limite la location courte durée aux résidences principales et soumet les résidences secondaires louées à une autorisation de changement d’usage, avec compensation.

Edouard Cornet, la bastide et le jardin de Monsieur Gilibert, vers 1906 (AMM, 115 Fi 906)

Des hospitalités à encourager

L’accueil chez soi reste un angle mort de la recherche comme de l’action publique. La littérature internationale sur les visites aux proches conclut que leur poids économique est sous-estimé et que l’expérience des hôtes eux-mêmes reste peu étudiée.

La ville a pourtant les moyens d’avancer. Le Carnet des hospitalités marseillaises propose d’encourager ces hospitalités.

  • Accompagner la croissance de l’offre d’échange non-marchand de résidence principale de pair à pair qui valorise les réseaux d’échange existants (couchsurfing, échange de maisons, réseau Servas…) afin de cultiver durablement l’hospitalité comme relation humaine.
  • Promouvoir et développer la communauté marseillaise de cyclotouristes par des formations ciblées et une meilleure visibilité afin de favoriser l’esprit de solidarité entre cyclistes (200 personnes actuellement sur warmshower).
  • Accompagner le développement des hébergeur·euses solidaires afin de constituer un réseau de solidarité activable notamment en cas de crise (grand froid, afflux exceptionnel…) et reconnaître explicitement l’hospitalité comme compétence sociale, créatrice de sens et de lien.
  • Promouvoir et renforcer le réseau des lieux d’accueil pour les femmes voyageant seules afin de sécuriser une pratique de voyage en constant développement (une douzaine d’accueils chez l’habitant en 2025).
  • Limiter réglementairement le nombre de résidences secondaires dans les zones touristiques tendues afin de préserver l’accès prioritaire à la résidence permanente et garantir la présence d’habitants permanents, véritables hôtes en capacité de pratiquer l’hospitalité auprès des personnes de passage.

La mairie s’est engagée à créer un observatoire de l’hospitalité : il pourrait mesurer l’accueil non marchand à l’échelle marseillaise, par exemple avec les données de téléphonie mobile déjà utilisées, et avec des partenariats avec les réseaux d’échange et d’accueil solidaire.

Le collectif Marseille Hospitalités s’active pour mettre en oeuvre des ateliers d’hospitalités, de pair à pair, afin d’accompagner les hôtes dans le renforcement de leurs hospitalités, notamment non marchandes : échanges de pair à pair, guides pas à pas, réseau d’hôtes, livrets d’accueil.

Sources

Une enquête menée avec l’appui de la SCIC Les oiseaux de passage.

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