Quel accueil des candidat·es aux concours?

Dans le cadre d’une coopération entre la SCIC Les oiseaux de passage et l’Equipe interdisciplinaire de recherches sur le tourisme, EIREST, de l’université Panthéon Sorbonne, les étudiant·es du Master 2 Développement et Aménagement Touristique des Territoires, ont mené quatre enquêtes sur les hospitalités franciliennes dont une sur l’accueil des candidat·es au concours, plus particulièrement les candidats venant passer un examen ou un concours à la Maison des Examens d’Arcueil. L’occasion de faire un point sur l’accueil des candidat·es aux concours à Paris et Marseille.

Quelle entraide entre étudiants ?

Cette partie a été rédigé à partir d’une proposition de l’étudiante Juliette Lerond-Dupuy.

La solidarité face à la compétition des concours.

Par nature, le passage d’un concours est un moment difficile. Les candidats sont mis en compétition dans un environnement qui leur est étranger. On leur demande de prouver qu’ils sont les “meilleurs” tout en étant extraits de leur zone de confort. À contre courant, les candidats développent des stratégies d’entraide pour transformer cette épreuve en un moment de convivialité.

Accueillir des candidats de concours ou examens ne répond pas aux mêmes enjeux qu’accueillir des touristes. Stressés, n’ayant pas l’habitude d’être loin de chez eux pour certains … ce passage sur le territoire n’est pas une partie de plaisir pour ces candidats. Bien qu’en compétition les uns contre les autres, ces derniers restent solidaires.

Dans l’ouvrage “Classes prépa : La fabrique des meilleurs”, Muriel Darmon explique que, bien que le concours soit l’institution de la concurrence par excellence, la réussite passe paradoxalement par des stratégies de solidarité interne (travail en groupe, échange de fiches). Les candidats ne se voient pas comme des ennemis individuels mais comme des membres d’une « communauté de destin » face à un obstacle commun, le concours.

Lors de la phase de l’organisation pratique, deux moments clés se jouent alors : la phase de la recherche de l’hébergement puis le séjour sur place.

Se faire héberger par des proches

Il existe plusieurs stratégies d’entraide dans la recherche du logement. Le plus courant est l’hébergement chez des proches, de la famille ou des amis. Dans ces cas-là, c’est le critère Prix qui prend le dessus sur le critère Proximité avec la Maison des Examens, puisque les candidats ont la possibilité d’économiser une nuit d’hôtel.

Bien que nous n’en ayons pas rencontré lors de cet atelier de terrain, il existe un autre type d’acteur solidaire dans la recherche d’hébergement : l’admisseur volontaire. Il s’agit d’étudiants chargés d’accueillir les candidats venant passer le concours de leur école. Cela arrive que ces derniers hébergent bénévolement un étudiant chez eux, la veille des épreuves. L’occasion pour le candidat d’économiser le prix d’une nuit d’hôtel et de profiter des conseils de l’admisseur.

Réserver un logement à plusieurs 

Une des stratégies adoptées par les candidats est également de prendre un logement à plusieurs, entre amis/camarades de classe. “Les coopérations qu’ont les étudiants, c’est de prendre des logements ensemble. Par exemple, nos étudiants de Prépa de Grenoble savent qu’ils vont tous à tel concours, donc ils vont s’organiser ensemble. Comme c’est nous qui remboursons les frais, on voit bien cette organisation”, explique David Allais, directeur de La Prépa La Chance. Il s’agit d’une prépa gratuite aux concours des écoles de journalisme, ouverte aux étudiants boursiers, et remboursant notamment les frais de déplacement et d’hébergement.

Depuis la pandémie, ces concours ne sont désormais tenus qu’en distanciel mais jusque-là, les concours des écoles parisiennes (Celsa, IPJ) étaient organisés à la Maison des Examens. De manière générale, cette pratique est beaucoup pratiquée. Cette disposition a de nombreux avantages puisqu’elle permet de mutualiser la logistique et de s’alléger l’esprit (prise de décision, comparaison, réservation, recherche de l’itinéraire…). Les candidats se partagent ainsi la charge mentale de l’organisation. Cela permet également la réduction des frais d’hébergement.

Ce qui n’est pas négligeable puisque certains concours, comme c’étaient le cas des écoles de journalisme reconnues pré-pandémie, doivent se passer dans plusieurs villes de France. Les candidats sont donc amenés à devoir payer plusieurs fois des frais de déplacement et d’hébergement.

Se déplacer, s’orienter, trouver le chemin vers le logement en groupe rend l’expérience plus facile. C’est également un moyen de se rassurer et de transformer ce moment difficile en une expérience plus conviviale et chaleureuse. 

Les espaces physiques de la convivialité. 

Outre la question du confort et de la sécurité qui sont des besoins essentiels, la nuit passée sur place n’est pas qu’un temps de sommeil, c’est également un sas de décompression. Les espaces communs des hébergements deviennent des lieux de retrouvailles entre pairs.

C’est par exemple le cas de l’auberge de jeunesse Jo&Joe de Gentilly, à 15 min à pied de la Maison des Examens, qui propose une salle de coworking pour ceux qui préféreraient se “mettre dans leur bulle” et réviser au calme. Il y a également un lobby où l’on peut jouer au billard, prendre un verre au bar, s’installer sur les canapés à disposition pendant que de la musique est diffusée dans des hauts-parleurs. De la musique Live est aussi parfois proposée.

Les invisibles de la Maison des Examens

Cette partie propose une synthèse de l’enquête menée par le groupe d’étudiant·es.

Chaque année, le Service Interacadémique des Examens et Concours (SIEC) d’Arcueil organise plus de 600 examens et 550 concours, mobilisant 4.000 sujets et 70 000 évaluateurs, pour environ 675.000 candidats répartis dans près de 2.000 établissements et grands centres.

Au cœur de ce dispositif, le bâtiment historique d’Arcueil, construit à la fin des années 1960 pour absorber l’explosion des effectifs scolaires parisiens, peut accueillir 4 000 candidats en simultané dans ses 17 salles de 220 places. Ici se jouent le bac, des concours de la fonction publique, des examens de langue ou des sélections d’écoles prestigieuses telles que l’École Normale Supérieure, Polytechnique ou l’École du Louvre.

Image site Service Interacadémique des Examens et Concours
Image site Service Interacadémique des Examens et Concours

Leur point commun : un séjour éclair, souvent une seule nuit, et une pression qui n’a rien à voir avec celle d’un touriste. Pourtant, ces voyageurs d’un genre particulier doivent eux aussi se loger, se restaurer, s’orienter dans une ville qu’ils ne connaissent pas, la veille d’une épreuve qui peut changer leur vie. Selon les données recueillies sur le terrain à Arcueil, 80 % des répondants viennent de province, et la totalité ne passe qu’une seule nuit sur place.

L’enquête, construite autour d’un parcours-type en quatre temps, organisation du séjour, veille du concours, matin de l’épreuve, départ du site, révèle un territoire qui fonctionne, mais sans filet. Hôtels économiques, résidences étudiantes et une auberge de jeunesse permettent de dormir à proximité du SIEC, parfois pour une trentaine d’euros la nuit.

Panneau affiché sur les grilles extérieures à l’occasion de l’exposition pour les 40 ans du SIEC Ⓒ photo TN

Mais l’offre abordable reste limitée : une recherche sous 70 €/nuit sur les plateformes de réservation donne peu de résultats. Conséquence, 60 % des candidats interrogés n’ont rien payé pour se loger, trouvant refuge chez un proche ou une connaissance au prix, parfois, d’une certaine gêne, comme le confie une ancienne candidate : « il y avait cette dette un petit peu de tu as demandé à quelqu’un de loger chez lui ». D’autres partagent un Airbnb entre amis pour limiter les frais, entre 20 et 70 euros.

Autour du site, les commerces jouent un rôle d’amortisseur informel que personne ne leur a demandé de jouer. Une brasserie voisine garde des valises pour les candidats venus de loin, depuis que les bagages sont interdits dans l’enceinte du SIEC pour raisons de sécurité. Son gérant raconte avoir vu, par le passé, la mairie transmettre le planning des examens aux restaurateurs pour qu’ils anticipent l’affluence et adaptent leur nombre de couverts, une pratique de coopération aujourd’hui disparue, sans qu’aucune explication officielle n’ait pu être recueillie.

Côté institutions, le constat est plus rude. Écoles, SIEC et mairie renvoient chacun la question du logement à la responsabilité individuelle des candidats. L’École Normale Supérieure résume ainsi sa position : « on informe sur le cadre, pas sur les choix personnels des candidats ».

Aucune liste d’hébergements recommandés, aucun partenariat avec les résidences locales, aucun interlocuteur identifié à la mairie d’Arcueil, qui n’a jamais donné suite aux demandes d’entretien des chercheurs. À titre de comparaison, d’autres pôles d’examens, comme Roissy ou le campus de Paris-Saclay, proposent déjà des pages dédiées avec une sélection d’hébergements abordables à proximité, une initiative qui fait défaut à Arcueil.

Carte sensible groupe étudiant·es EIREST, 2026

Résultat, l’hospitalité existe à Arcueil, mais elle repose sur des initiatives isolées et une forme d’entraide entre candidats plutôt que sur une stratégie d’accueil pensée pour cette population de passage, pourtant aussi nombreuse que silencieuse à l’échelle nationale.

L’étude invite à reconnaître ces candidats mais aussi les jurys et surveillants, autres invisibles du site comme des usagers du territoire à part entière, et à inscrire leur accueil dans les politiques locales d’hospitalité, au même titre que celui des touristes.

“Ce qui a compté finalement, c’est l’hospitalité collective qu’on a créée.” 

Récit d’une ancienne candidate des concours de journalisme, réalisé par téléphone le 15 janvier 2026 par le groupe d’étudiant·es.

Tu as passé des concours de journalisme à la Maison des Examens d’Arcueil. La veille, tu as loué un Airbnb avec des amis. Peux-tu me raconter cette expérience ?

Prendre un logement avec mes amis a clairement changé la donne. Ça m’a permis de vraiment réduire le stress. Parce que l’année précédente, la première fois où j’avais tenté les concours, j’ai été souvent seule. J’étais soit dans des hôtels, soit chez une connaissance, et je me souviens que ça ne m’aidait pas du tout à me détendre, à être rassurée et à faire redescendre la pression.

Au contraire, il y avait en plus cette dette un petit peu de “tu as demandé à quelqu’un de loger chez lui” ou alors “tes parents t’aident gentiment pour les frais d’hôtel”. Donc t’as une sorte de dette envers eux. Ce stress supplémentaire de “Il ne faut pas que je loupe” qui se rajoute. Alors que quand on est plusieurs, on se partage les frais déjà, et ensuite on arrive à se détendre, on rigole le soir etc. J’ai vraiment vu le avant / après en fait. J’étais beaucoup plus sereine en y allant cette année-là.

Qu’est-ce que tu retiens de ce concours ?

En fait, si j’avais un doute sur une révision, on pouvait le voir ensemble. On pouvait parler d’autre chose, se détendre, sortir se changer les idées. Je me rappelle que la veille on était allé dans un tiers-lieu à Denfert-Rochereau, très sympa. Ça a avait été chouette d’y passer un peu de temps, écouter de la musique, boire un verre avant de récupérer notre logement.

Donc finalement l’essentiel de ce que je retiens de ces moments-là ça a été d’être avec mes amis et de se soutenir dans l’épreuve, plutôt que le concours en lui-même. On avait refait ça à Bordeaux et pareil, je retiens surtout notre balade dans la ville. Je dirais que ce qui a compté finalement, c’est l’hospitalité collective qu’on a créée. C’est ce qui a fait que c’était moins pénible. Un bol d’air pendant cette période de concours à la chaîne. D’autant plus, quand même temps, je recevais des refus pour mes autres concours donc je savais que l’issue n’était pas très positive pour moi. Ça m’a permis de me consoler un peu.

Est-ce que tu te rappelles de l’impression que t’a laissé la Maison des Examens ?

Je me souviens que c’était un endroit assez froid, qu’il y avait des corbeaux qui volaient un peu autour, qu’il y avait des tours immenses avec de grands escaliers, des murs nus, des longs couloirs… Franchement c’était déprimant. Déjà le fait de prendre le RER pour y aller, y a un côté déprimant et puis je me souviens surtout de l’ambiance “déprime” en général.

Mais le fait d’être avec mes amis a quand même rendu ça moins déprimant, clairement. Il y avait au moins cet aspect de “on peut parler avant, se détendre”. Ça a mis un filtre un peu plus coloré sur cet endroit tout gris et tout moche (ahaha). quality index for the lodging industry ». Hospitality Research Journal.

C’est un moment important où les candidats s’entraident, se prêtent leur fiche, se rassurent, s’aident à réviser ou bien préfèrent se changer les idées et décompresser. Dans un autre genre, la Résidence Chlorophylle, à 15 min à pied du SIEC, propose un cadre calme et reposant, un cocon de verdure au milieu de la jungle urbaine (Illustration E et F). Les étudiants se plaisent à profiter de la cour pour réviser et prendre l’air avant les concours.

Et à Marseille? 

Contrairement au modèle centralisé de l’Île-de-France où le SIEC mutualise examens et concours pour trois académies dans un site unique, le modèle Aix-Marseille fonctionne de manière décentralisée : les épreuves se déroulent directement dans les lycées, collèges et grands centres d’examens répartis sur tout le territoire académique (bac, brevet, BTS…), plutôt que dans un site unique comparable à Arcueil.

À Aix-Marseille, si les mêmes problématiques existent probablement  (candidats de province, nuitées courtes, stress logistique), elles sont dilués entre de nombreux établissements, ce qui les rend sans doute encore plus invisible, et plus difficile à objectiver.

Le Parc Chanot joue le rôle de centre d’examen, en parallèle de ses fonctions de salon et d’événementiel. Il accueille par exemple le concours externe de professeurs des écoles de l’académie d’Aix-Marseille (+2000 inscrits), le concours d’attaché territorial et parfois les épreuves de la première année de médecine de l’Université d’Aix-Marseille. Il n’existe pas de page d’information comparable à celles des centres de concours de Roissy ou Paris-Saclay qui orientent les candidats vers des hébergements à proximité.

Le Florida Palace et le Château des Fleurs sont des espaces privés à Marseille qui propose des salles d’examen aux administrations, établissements d’enseignement supérieur et organismes certificateurs pour des concours, examens et épreuves écrite. Le Florida Palace a une capacité de 40 à 1200 personnes selon la salle choisie et propose des boxes fermant à clé de 9m² pour les concours oraux et VAE. 

Le CNFPT a ouvert en 2022 un nouveau centre d’écrits à Marseille, afin de mieux desservir le sud-est et la région PACA et d’accueillir le plus de candidats en région. Le CNFPT a développé un  réseau de huit centres décrits afin de « rapprocher le concours du candidat« .  Le CNFPT PACA couvre les départements 04, 05, 06, 13, 83 et 84. Les candidat·es sont des agents territoriaux en poste qui passent des concours/examens professionnels de promotion interne, avec potentiellement une prise en charge employeur (frais de mission, indemnités de déplacement).

Des hospitalités fragmentées

Si Marseille ne possède aucune « Maison des Examens » comparable au SIEC, l’accueil des candidats y est dispersé entre quatre logiques sans lien entre elles : l’Académie d’Aix-Marseille et ses établissements scolaires, le centre d’écrits du CNFPT ouvert en 2022 pour la fonction publique territoriale, le Parc Chanot où les concours ne sont qu’un usage parmi d’autres, et un marché privé de location de salle (Florida Palace, Château des Fleurs) ouvert à tout commanditaire.

Cette fragmentation n’efface pas le besoin d’hospitalité des candidat·es, elle le rend simplement plus difficile à voir et à organiser. Faute de site unique autour duquel coordonner un accueil, documenter cette dispersion marseillaise, en regard de la concentration parisienne, ouvre une piste utile pour penser l’hospitalité des candidats au concours de passage à Marseille.

Sources

  • Darmon, M. (2013). Classes prépa : La fabrique des meilleurs. La Découverte.
  • Knutson, B., Stevens, P., Wullaert, C., Patton, M., & Yokoyama, F. (1990). « LODGSERV: A service quality index for the lodging industry ». Hospitality Research Journal.
  • Site du concours Mines Télécom : “Interview : Comment as-tu vécu ton rôle d’admisseur ?”

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