Quels impacts de l’accueil non-marchand?

À Marseille, près de deux tiers des nuitées touristiques sont gratuites, en majeure partie offertes par des marseillais·es.

C’est la première hospitalité de la ville, en nombre de personnes accueillies, de nuitées sur place et de retombées économiques, devant l’hôtellerie ou la location de courte durée. L’accueil chez des proches est aussi l’hospitalité la plus accessible et la plus sobre, dans tous les quartiers de Marseille, sans soustraire de logement. Qui dit mieux?

C’est une hospitalité que l’institution touristique qualifie de « non marchande » pour désigner un séjour où la personne de passage est invitée et ne paie pas son hébergement : accueil chez des proches, résidence secondaire, accueil solidaire, échanges de maison, réseaux d’hôtes, etc. Une désignation qui prête économiquement à confusion : ces personnes de passage paient leurs transports, leurs loisirs, leurs repas et leurs courses comme les autres. Il serait plus juste de parler d’hébergement offert, ou d’hospitalités gratuites : c’est le lit qui est offert, pas le séjour.

À Marseille, deux tiers des nuitées touristiques sont non marchandes, hors du marché. Elles génèrent 527 millions de retombées économiques, voir 650 millions si on prend en compte les dépenses supplémentaires des personnes qui accueillent.

Et grâce à cette générosité, les marseillais·es génèrent trois fois plus de retombées économiques que les loueurs courte durée. A titre de comparaison, l’ensemble du tourisme marchand génère 770 millions d’euros de dépenses : hôtels, meublés touristiques, villages vacances, auberges de jeunesse, résidences hôtelière, chambres d’hôtes, etc.

Type d’accueilDépenses touristiques
Accueils non-marchands527 000 000 €
Hôtels 435 000 000 €
Locations touristiques208 000 000 €
Autres (B&B, …)123 000 000 €

Des hospitalités qui font vivre la ville

Des invité·es qui font tourner l’économie locale

L’étude de Provence Tourisme publiée en 2025 permet de calculer que les séjours non marchands représentent de l’ordre de 530 millions d’euros par an de retombées économiques, soit près de 40 % des 1,3 milliard d’euros de dépenses touristiques à Marseille. Cet argent va aux commerces de quartier : restaurants, transports, loisirs, épiceries et marchés.

Sur l’ensemble de leur séjour, ces invitées dépensent davantage hors hébergement que les clients des hébergements touristiques payants : 265 € par personne, contre 201 €. Leur dépense quotidienne est plus faible (52 € contre 123 €), mais ils restent plus longtemps.

Restauration87 €
Transport sur place51 €
Achats alimentaires46 €
Loisirs46 €
Achats de biens26 €
Achat d’alcool10 €

La recherche internationale fait le même constat depuis les travaux de Bob McKercher dans les années 1990. Ces séjours ont aussi des effets au-delà de l’économie. Pour Tom Griffin, bien que son importance reste sous-estimée, cet accueil génère une demande plus stable, des dépenses mieux réparties et une implication plus forte des habitant·es dans l’accueil (Griffin, 2013).

A cela s’ajoute les dépenses des hôtes eux-mêmes, pour recevoir, nourrir et sortir leurs invités, qui ne sont pas comptées dans les études d’impact : un visiteur hébergé chez des proches entraîne aussi des dépenses d’habitant·es (Backer, 2007). La majorité des accueillant·es prennent des jours de congé pour accueillir comme le souligne les études sur les visites aux amis et à la famille : Visiting friends and relatives.

Deux études australiennes estiment ces dépenses supplémentaires des hôtes entre 22% et 25% des dépenses des personnes invitées, soit pour Marseille l’équivalent de plus de 100 millions d’euros supplémentaires (Backer, 2007, McKercher, 1995). En France, à notre connaissance aucune étude ne mesure la dépense des personnes accueillant·es : la statistique publique compte les nuitées chez des parent·es ou ami·es, pas ce que dépensent celles et ceux qui accueillent.

Les hôtes, premier·es guides de la ville

Pour l’ensemble des personnes venant en séjours non marchands à Marseille, la première source d’information est pour un tiers le bouche-à-oreille (34 %), un quart leur hôte (24,4%) et un autre tiers ne s’informent pas avant de venir (31 %). L’office de tourisme ne touche que 7,7 % de ces séjours (Provence Tourisme, 2025).

Ces personnes de passage hébergées dans le non marchand passent presque deux fois plus de temps à Marseille : 10.000 nuitées contre 6.000 chez des hébergeurs touristiques. Et c’est leur hôte qui les invite, leur fait découvrir la ville, les oriente et les conseille.

Type d’accueilNuitées / an
Accueils non-marchands10 125 000
Hôtels2 786 000
Locations touristiques2 187 000
Autres (B&B, …)1 102 000

La recherche internationale sur les visites aux proches confirme ce rôle. Dès les années 1990, Bob McKercher montre que les hôtes influencent fortement les activités de leurs invités et que les dépenses liées à ces séjours se diffusent dans toute la ville plutôt que dans le seul secteur touristique (McKercher, 1996).

A contrario, les visiteur hébergés dans des hébergements touristiques marchands s’informent en majorité via internet avec les plateformes de réservation (47,8%) et autres sites (29,7%) et auprès de leur hébergeur (19,1%). Ils ont moins recours à l’office du tourisme (6,2%). Le Tourism Research Australia estime qu’environ une nuitée sur cinq des visites à des proches se passe en hébergement touristique marchand.

Si les personnes invitées par des proches et de la famille ne génèrent par de ressource pour l’hébergement touristique marchand, elles génèrent plus de retombées économiques dans le reste de l’économie locale durant leur séjour : commerces, restaurants, alimentation, culture, transports. Les retombées sont moins concentrées sur les hôteliers et plus diffuses dans les quartiers.

Un accueil majoritairement sobre

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a mis en ligne sur le site Cdurable des outils pour comparer l’impact carbone des différents choix d’hébergement et de transport en voyage. Ses calculs prennent en compte la consommation d’énergie (chauffage, électricité, eau chaude), la construction des bâtiments et les services d’entretien. Le trajet aller-retour n’est pas compté.

  • La nuit en résidence secondaire est celle qui a le plus d’impact carbone avec 7kgCO2 par nuitée par personne.
  • L’échange de maison a un impact carbone évalué à 3,5 kgCo2 par nuitée dans une étude de la plateforme HomeExchange.
  • La nuitée chez des proches a un impact carbone estimé à 2,5 kg CO2 par nuitée par personne.

Les quelque 10 millions de nuitées non marchandes à Marseille émettent environ 18 milles tonnes de CO2 de moins que si elles avaient eu lieu à l’hôtel, et environ 27 milles tonnes de moins qu’en location saisonnière.

  • La nuitée en hôtel : 4,3 kg CO2
  • Auberge de jeunesse : 2,5 kg CO2
  • Camping : 1,4 kg CO2

Une nuit chez des proches émet ainsi environ 40 % de moins qu’une nuit d’hôtel, et deux fois moins qu’une nuit en location saisonnière. Seuls le camping et les auberges de jeunesse font aussi bien ou mieux, et ils restent marginaux à Marseille. Accueillir chez soi, c’est partager un logement qui existe déjà, déjà chauffé et déjà équipé, sans construire ni mobiliser de logement supplémentaire.

Pour autant, sont pourtant les trajets qui pèsent le plus dans le bilan carbone d’un séjour avec le transport qui représente 69 % des émissions du tourisme, contre 8 % pour l’hébergement. La sobriété de l’accueil chez des proches tient donc aussi à la distance parcourue par les personnes invitées.

Les enquêtes de fréquentation touristique ne comptent les habitant·es de la région que lorsqu’elles et ils dorment hors de leur propre département. Or l’accueil chez des proches est d’abord une hospitalité de proximité : en Australie, sept visites sur dix à des proches se font sans quitter sa propre région. Une Aixoise qui passe le week-end chez sa sœur à la Belle de Mai, ou un marseillais hébergé chez des ami·es à Aubagne, n’apparaissent dans aucune statistique.

Une part non estimée des personnes accueillies par les marseillais·es vient des environs immédiats et échappe entièrement au comptage. Les 10 millions de nuitées non marchandes recensées à Marseille sont donc très probablement une estimation basse de ce que représente réellement l’hospitalité de ses habitant·es.

L’hospitalité des marseillais·es, angle mort des politiques d’accueil

L’accueil non marchand est la première hospitalité de Marseille. Il prend des formes multiples : accueil chez des proches, échanges de maison, réseaux d’hôtes, accueil solidaire, résidences secondaires. Il compte le plus de personnes accueillies et le plus de nuitées, et ses retombées sont les mieux réparties dans les quartiers. Offert en majeure partie par des Marseillais·es, dans des logements déjà habités, il est aussi majoritairement sobre.

Ce n’est ni une pratique marginale, ni en déclin : selon l’enquête Ifop sur les vacances d’été 2026, le recours à l’hébergement gratuit progresse fortement chez les Français·es, passant de 22 % à 32 % pour les séjours courts et de 20 % à 31 % pour les séjours longs.

Pourtant, cette hospitalité reste presque invisible dans les politiques touristiques, qui ne s’adressent qu’à celles et ceux qui paient leur lit. Elle est même sous-estimée par les statistiques, qui ignorent les visites venues des environs et ne comptent pas ce que dépensent celles et ceux qui accueillent. L’office de tourisme ne touche qu’un séjour non marchand sur treize et les hôtes sont les premier·es guides de la ville.

Les hôtes, qu’ils accueillent des proches, des inconnu·es ou des personnes en difficulté, sont des acteurs à part entière de l’hospitalité de la ville qui gagneraient à être mieux informés et associés aux politiques d’accueil.

Une politique d’hospitalité digne de ce nom ne se demande pas seulement combien de touristes la ville attire. Elle se demande qui elle accueille, et grâce à qui. À Marseille, c’est d’abord grâce à ses habitant·es.

Sources

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