Selon que vous êtes « en voyage » ou « du voyage » vous ne serez pas accueillis de la même manière dans une ville ou un camping.
L’accueil des gens du voyage

« Si tu ne trouves pas l’aire d’accueil, cherche la déchetterie ».
Sur l’ensemble des 1.358 aires d’accueil des gens du voyage, en 2021 la moitié est polluée, les deux tiers sont isolées et 3% sont proches d’un site Seveso, comme à Marseille.
Ces aires sont uniquement réservées aux personnes catégorisées comme « gens du voyage », c’est à dire depuis la seconde loi Besson de 2000 « les personnes dont l’habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles ».
Les gens du voyage seraient entre 300.000 (Défenseur des droits, 2021) et 500.000 (Commission nationale consultative des droits de l’homme, 2020).
Les personnes catégorisées comme gens du voyage se nomment eux-même voyageurs et ont renommé les aires d’accueil les terrains désignés.
La seconde loi Besson oblige depuis 25 ans chaque commune de plus de cinq mille habitants de disposer d’une aire d’accueil. Seulement un quart des Départements respecte cette obligation. Les personnes catégorisées comme gens du voyage sont tenues de stationner dans ces aires d’accueil quand elles existent. Une loi 2018 a renforcé les peines encourues pour occupation illégale de terrains jusqu’à un an d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende.
Cette assignation géographique a des conséquences sur la santé des voyageurs dont l’espérance de vie est inférieure de 10 à 15 ans par rapport à la moyenne nationale selon une étude parue en 2024.
Au delà des aires d’accueil, les voyageurs peuvent séjourner dans les campings et dans des espaces privés qu’ils possèdent ou bien avec l’accord du propriétaire.
Des camping interdisent ou surtaxent les caravanes à deux essieux dont sont équipés les voyageurs ou demandent une copie de la taxe d’ habitation prouvant un domicile fixe. La Halde a rappelé qu’interdire l’accès des campings aux gens du voyage était discriminatoire.
Les terrains que possèdent les voyageurs souvent en zone agricole ont une durée de stationnement limitée de par la loi et des communes refusent de leur accorder un branchement à l’eau.
A contrario, le Centre Hospitalier de Poitiers propose 2 emplacements réservés aux familles des voyageurs qui sont situés à quelques mètres de l’entrée du pôle de cancérologie et pourvus d’un point d’eau et de toilettes. Quelques campings municipaux accueillent volontiers des voyageurs.

L’accueil des gens du voyage à Marseille
Marseille propose aux voyageurs une seule aire d’accueil de 48 places créée en 1972 et, comme trop souvent, mal située en zone inondable, à proximité d’une usine classée Seveso, entre la voie SNCF et l’autoroute.

La durée de séjour autorisée est de 6 mois maximum dont trois mois consécutifs maximum et un temps de latence de un mois entre deux séjours. Le taux d’occupation est de 72% (2019). La durée des séjours se situe entre 1,5 et 2,5 mois.
Le Schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage 2021-2026 prévoit de créer dix-neuf aires d’accueil permanentes pour un total de 496 places, portant la capacité totale à 1.038 places. Les associations représentant les voyageurs ont choisi de ne pas le signer car il prévoit moins de places que le précédent adopté en 2012.
Les données collectées par William Acker pour réaliser le premier inventaire (critique) des aires d’accueil en France sont disponibles, sous forme d’une cartographie interactive et d’un fichier à télécharger.

Fin 2024, la métropole d’Aix-Marseille a été condamné sous astreinte à « mettre à la disposition des gens du voyage, d’une part, une aire d’accueil à Marseille et, d’autre part, une aire de grand passage sur l’arrondissement de Marseille« . L’astreinte de 500 euros par jour de retard doublera dans trois mois, et atteindra 1500 euros dans six mois, si la métropole n’a pas mis en service les deux aires dans ces délais. C’est la première fois qu’une collectivité est ainsi condamnée en France.
L’état estime que ⅓ des gens du voyage sont sédentaires, ⅓ semi-sédentaires et ⅓ nomades.
La caravane n’est toujours pas reconnue comme un logement à part entière, ce que privent les voyageurs de nombreux droits comme l’accès aux aides au logement. La Défenseure des droits a rappelé aux maires qu’ils doivent procéder à leur domiciliation.
La plupart des collectivités interdisent dans leur document d’urbanisme le stationnement des caravanes, y compris sur des terrains privés.
3.000 familles sédentaires vivraient dans les Bouches du Rhône (2005). Les solutions d’habitat sont quasi inexistantes. Faute de politique publique, le nombre de sites occupés est en augmentation tout comme celui des ménages vivant sur ces terrains.

L’habitat mobile pour précaires

L’habitat mobile ne concerne pas que les voyageurs.
En 2019 la communauté Emmaüs de la Pointe-Rouge a présenté un prototype unique d’habitat mobile autonome pour combattre le mal-logement.
Avec la précarité, le « camping résidentiel » se développe en France avec plus de 100.000 personnes qui vivraient ainsi à l’année. Malgré l’interdiction de principe d’une résidence permanente, un grand nombre de personnes sont contraintes dans les faits, souvent pour des raisons sociales, de résider à l’année dans des campings.
Les travailleurs en habitat mobile
L’habitat mobile est devenu un mode de vie essentiel pour nombre de travailleurs dans certains secteurs professionnels : techniciens de maintenance, saisonniers agricoles et touristiques, travailleurs détachés étrangers, ouvriers, routiers, marins … . Pourtant il reste invisible dans les statistiques (Forum Vie Mobile).
L’économiste Arnaud Le Marchand estime que 300.000 personnes, au moins, utilisent l’habitat mobile de façon permanente ou transitoire pour des raisons professionnelles.
Aujourd’hui, de nouvelles formes d’habitat mobile comme les tiny house sont valorisées comme une alternative minimaliste et écologique à l’habitat traditionnel.

Que l’ont soit « en voyage », « du voyage » ou « de passage » en habitat mobile, l’absence de sa reconnaissance comme un logement entraine des inégalités sociales comme pour l’accès aux aides au logement, la protection de la trêve hivernale et l’obtention du droit de garde d’un enfant.
« L’urgence est donc de replacer cette question au cœur des luttes émancipatrices, en l’inscrivant dans une démarche de justice sociale, environnementale et antiraciste. Il est temps d’initier une nouvelle dynamique volontariste pour garantir les droits fondamentaux de toutes les personnes vivant en habitat léger, qu’il soit mobile ou non, qu’elles soient identifiées comme Gens du voyage ou non. » (William Acker, Mediapart février 2025)
Au niveau national, l’association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC), créée en 1997, agit pour l’accès aux droits et la lutte contre les discriminations et être une force de propositions pour les politiques publiques.
L’association Rencontres Tsiganes PACA s’est donnée depuis 2003 pour objectifs de « bâtir des passerelles entre les Tsiganes et les Gadjés, de lutter, aux côtés des intéressés eux-mêmes, contre les discriminations et dénis de droit dont ils sont victimes. »
Tableau résumé
| Lieux d’accueil sur Marseille | Typologie d’accueil |
| Aire d’accueil Saint-Menet (11éme) | 48 places |
| En création sous astreinte | Une aire d’accueil (entre 25 et 40 places jusqu’à plusieurs mois) une aire de grand accueil (50 à 200 caravanes pour 1 à 3 semaines) |
Sources
- Website de l’Association nationale des gens du voyage citoyens
- Website de l’association Rencontres Tsiganes
- Rapport Défenseure des droits, 2021 « Gens du voyage » : lever les entraves aux droits
- William Acker, Où sont « les gens du voyage » ? inventaire critique des aires d’accueil. Éditions du commun, 2021.
- Médiapart, février 2025, William Acker : « Gens du Voyage » : la Commission européenne contre le racisme épingle la France
- Schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage 2021-2026 des Bouches-du-Rhône
- Forum Vie mobile
- Gaspard Lion, Vivre au camping. Un mal-logement des classes populaires, Paris, Seuil, coll. « Liber », 2024
Un enquête menée avec l’aide de l’Association nationale des gens du voyage citoyens, de l’association Rencontres Tsiganes et de la SCIC Les oiseaux de passage.