Comment Marseille accueille-t-elle la jeunesse ?

Est-ce facile pour un jeune de venir à Marseille étudier, assister à un festival, voir des ami·es, supporter l’OM, partir en stage, faire une saison, réaliser son apprentissage, passer des vacances ou travailler? Cette jeune génération qui se mobilise à juste titre pour ses droits est-elle désirée, attendue et bienvenue à Marseille?

Depuis la mi-septembre, lycéen·nes et étudiant·es manifestent dans toute la France. Leurs « 10 mesures d’urgence pour la jeunesse » dénoncent les conditions d’accueil des jeunes et demandent notamment de rétablir et revaloriser les aides APL des étudiant·es et à ce que davantage d’étudiant·es soient logé·es en résidences étudiantes avec un gel les loyers.

À Marseille, nos enquêtes racontent un accueil qui se complique pour les jeunes de passage. Les hébergements spécialisés, comme les résidences étudiantes et les habitats jeunes, ont de plus en plus de mal à répondre à leurs demandes. Les hébergements touristiques dédiés comme les auberges de jeunesse sont trop peu nombreux et fragilisés et l’offre touristique privilégie de plus en plus les hauts revenus. Leurs conditions d’accueil reposent in fine surtout sur eux-mêmes et leurs proches.

Plusieurs de ces enquêtes ont été choisies et menés par des jeunes étudiant·es du master Transition et planification de l’Institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT) à Marseille et de la licence professionnelle Tourisme de l’université de Toulon, par de jeunes stagiaires accueilli·es par le collectif et participant·es du hackathon sur l’hospitalité aux jeunes organisé en 2024.

« Trouver un logement à Marseille, c’est souvent se retrouver seul·e face à un écran, sans savoir à qui s’adresser. » Témoignages d’étudiant·es de la licence professionnelle Tourisme de l’université de Toulon

Face à la mobilisation actuelle, nous avons décidé de regrouper et actualiser nos enquêtes avec les données les plus récentes.

Dessin Jeanne Chiche. Visite AAJT, 2025

Un droit aux études malmené

Dans la métropole d’Aix-Marseille, 40 % des étudiant·es peinent à se loger et, en 2021, 60 % des demandes adressées au Crous restaient sans réponse. La situation s’est dégradée en 2026 : selon LocService, Marseille compte désormais plus de six demandes pour une offre de logement étudiant, et le loyer moyen d’un studio y a augmenté d’environ 7 % en un an.

La situation des étudiants internationaux s’est encore plus fragilisée. Si les bénéficiaires des programmes européens Erasmus+ peuvent arriver sans visa, avec une bourse et souvent un logement réservé, les autres n’ont pas de places assurées. Un situation qui s’est aggravée en 2026 avec la fin de l’exonération des frais à Aix-Marseille Université et la suppression des APL pour les non-Européens non boursiers. Les deux tiers des étudiant·es étranger·es (62%) ont déjà eu besoin d’une aide alimentaire contre 22 % des étudiant·es français·es.

Dessin étudiant·es IMVT et citations d’étudiants du CMVE 2026
Dessin étudiant·es IMVT et citations d’étudiants du CMVE 2026

Logement des étudiant·es à Marseille

Logement des étudiant·es à MarseilleDonnées
Étudiant·es à Marseille (2023)59 100
Part ne vivant plus chez leurs parents47 %
Places en logements dédiés aux étudiants13 840
Demandes de logement Crous non satisfaites (métropole, 2021)60 %
Demandes par offre de logement étudiant (2025 → 2026)4,8 → 6,3
Hausse du loyer moyen d’un studio en un an+ 7,2 %

Sources : Observatoire du logement étudiant, Agam, LocService.

Venir travailler à Marseille quand on est jeune

Les jeunes travailleurs sont dans la même impasse. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 36 % des jeunes ont renoncé à postuler à un emploi faute de logement.

Les sorties des résidences de l’AAJT ou des Apprentis d’Auteuil, prévues pour des séjours de deux ans au plus, sont bloquées faute d’offres de logement abordables et des logements sociaux insuffisants. Selon l’Agam, des résidences étudiantes privées commencent à louer des studios à de jeunes actifs pour un à trois mois, et aux touristes l’été. Concernant l’intermédiation locative de l’AAJT, elle s’est arrêtée quand la Ville et la Région ont cessé de la financer.

Dessin Jeanne Chiche 2025

L’emploi touristique est porté en grande partie par des jeunes. Dans le tourisme, près de 4 salarié·es sur 10 de l’hôtellerie-restauration ont moins de 30 ans, deux fois plus que dans le reste de l’économie. Dans le secteur de la restauration par exemple, en Alsace, les 16-25 ans représentent une embauche sur deux. Si le secteur recrute des jeunes, il les loge peu, alors que la location touristique pèse sur le logement dont ils ont besoin. 350 emplois restaient à pourvoir à Marseille au printemps 2026.

Où passer des vacances à Marseille quand on est jeune?

Ancienne « Mecque des colonies de vacances », la ville a fermé ses trois campings municipaux dans les années 1990 et garde un centre de vacances Léo Lagrange au Frioul. Les auberges de jeunesse n’offrent que 173 places à Marseille et les hostels privés 367, à mettre au regard des 2.500 places en hôtels 4 et 5 étoiles.

Avec la fermeture de l’auberge de jeunesse de Bonneveine en 2022, la ville compte aujourd’hui moins de 200 places en auberges de jeunesse, fragilisées par la liquidation judiciaire de leur fédération, la FUAJ, en 2026. La plateforme de l’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances qui accompagne l’aide au départ des 18/25 ans référence sept offres sur Marseille.

Dessin Jeanne Chiche 2025

Les meublés touristiques pèsent sur le logement des jeunes.

Le nombre de meublés touristiques à Marseille a augmenté de 73 % entre 2020 et 2023, pour atteindre 13.000 logements, alors que 56 % des étudiant·es de la région cherchent justement un logement meublé. La régulation municipale commence à produire des effets avec une l’offre retombée à 11.000 logements en 2025, soit 16 % de moins.

Les études menées au Canada et aux États-Unis montrent que la régulation des meublés touristiques fait baisser les loyers d’environ 3 %, surtout les petits logements. Cela reste à mesurer pour les jeunes à Marseille tout comme le nombre de ces logements qui sont revenus à la location de longue durée.

Le paradoxe est que les jeunes sont aussi clients de ces plateformes. Selon l’étude « Les jeunes et le tourisme » menée en 2023 auprès des 18-34 ans par l’agence de développement touristique des Pyrénées-Orientales (ADT 66), 40 % des 18-34 ans les utilisent en vacances.

Une hospitalité entre jeunes

Faute d’accueil organisé, nos enquêtes racontent que les jeunes s’organisent. Les supporters de l’OM dorment chez des ami·es rencontré·es en tribune, les festivalier·es partagent un Airbnb, les candidat·es aux concours sont hébergé·es par un proche.

Cet hébergement gratuit est la première hospitalité de la ville toutes générations confondues : près des deux tiers des nuitées touristiques à Marseille sont gratuites, et ces séjours rapportent 527 millions d’euros à l’économie locale, davantage que les hôtels.

« Quand je peux pas faire l’aller-retour, je dors chez des amis. Tu paies la bouffe et quelques bières en échange. ». Entretien d’un supporter venu d’Île-de-France

Le recours à l’hébergement gratuit progresse d’ailleurs fortement en France, de 22 % à 32 % pour les séjours courts selon l’Ifop (2026). Les jeunes y ont leurs propres réseaux, comme Couchsurfing, qui compte plus de 27 000 membres à Marseille.

« On prend un petit Airbnb et on s’entasse, on met des matelas partout pour payer moins cher. » Entretien avec une festivalière venue de Lyon

Mais cet accueil gratuit laisse de côté ceux qui n’ont pas de réseau, comme les étudiants internationaux hors programme ou les jeunes sortis de l’aide sociale à l’enfance.

Une jeunesse qui fait vivre la ville

Des études montrent que ces jeunes sont une ressource pour la ville souvent invisibilisée. Les étudiant·es à temps plein d’Aix-Marseille Université apportent environ 300 millions d’euros par an à l’économie locale, par leurs loyers, leurs courses, leur travail, leur bénévolat, leurs projets universitaires et les visites de leurs proches.

Contribution économique des étudiant·es d’Aix-Marseille UniversitéDonnée
Étudiant·es à temps plein (2019)62 600
Dépense moyenne par étudiant·e et par an7 734 €
Apport à l’économie (France)environ 500 M€ par an
Apport à l’économie régionaleenviron 300 M€ par an et 6 100 emplois
Dépense mensuelle d’un étudiant international867 €

Sources : Udice (étude 2021, données 2019) et Campus France (2022), dernières études disponibles ; enquête Marseille HospitalitéS.

Ces étudiants sont aussi des hôtes : des études menées à Malte et en Australie montrent que les étudiants étrangers font venir leurs proches au moins une fois par an, souvent hors de la haute saison. La métropole compte près de 104 000 étudiant·es (2023) et l’académie environ 36 700 apprenti·es (2024), et leur nombre devrait encore croître jusqu’en 2030.

Faire de l’accueil des jeunes une politique

Face aux revendications des manifestant·es, les pistes existent comme celles du Carnet des hospitalités marseillaises : rouvrir des auberges de jeunesse, relancer l’intermédiation locative, ouvrir aux saisonnier·es et aux alternant·es les résidences étudiantes vides l’été, mieux informer les nouveaux arrivants dans un « Office des hospitalités » réunissant en un même lieu logement, accès aux droits, santé et numérique, comme l’ont imaginé les étudiant·es de Toulon, et associer les employeurs du tourisme au logement de leurs jeunes salarié·es.

Sources

Enquêtes Marseille HospitalitéS

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